
Créer
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Tout au long de la dynamique Iparralde 2040, le verbe créer a peu à peu révélé une force particulière, dans une acception élargie au-delà du domaine des arts et de la culture : créer comme inventer, imaginer, organiser, relier, réparer, transformer, comme manière de faire surgir du possible dans un monde en mutation. Créer comme puissance d’agir individuelle et collective ; créer comme manière de résister aux logiques d’impuissance ; créer comme condition d’une société libre et démocratique.
Cette notion peut devenir une ressource méthodologique, politique et sensible pour penser 2040. Elle articule les expériences du territoire, les dynamiques coopératives et les engagements existants avec des apports théoriques issus des sciences sociales, de la philosophie, de la culture et de la pensée écologique. En faisant référence au verbe créer, nous invitons à ouvrir les possibilités pour l’avenir, à faire de la création une manière d’être au monde et un horizon commun pour 2040.
Redéfinir la création : une capacité humaine universelle
Créer. Dès que l’on prononce ce mot, on pense spontanément aux arts : peindre, écrire, jouer, danser, imaginer des formes inédites. Mais cette association immédiate masque une réalité beaucoup plus ample. Créer est une capacité humaine fondamentale, une manière d’être au monde, une façon de faire surgir du possible dans les situations les plus ordinaires.
Créer, c’est donner forme à quelque chose : une idée, un geste, une organisation, une relation, un outil, une manière d’habiter un lieu ou d’éduquer un·e enfant. Cuisiner une recette, inventer une solution dans une situation complexe, réorganiser son travail, prendre soin d’un·e voisin·e, faire tenir un collectif, réparer un objet ou une relation : tous ces gestes relèvent de la création. Ce ne sont pas seulement des activités « pratiques », ce sont des actes par lesquels nous transformons légèrement le monde, par lesquels nous attestons que nous avons prise sur lui.
Créer, c’est agir. C’est ressentir que l’on a la capacité d’introduire du possible dans un monde qui, autrement, pourrait nous écraser. C'est se reconnaître comme sujet capable de penser, de transformer, d’inventer. À l’inverse, lorsque les individus sont privés de cette capacité créatrice - au travail, dans leur langue, dans leur milieu de vie - ils deviennent vulnérables aux logiques de domination. Comme l’écrit Erich Fromm (2023) : « Le terreau fertile pour l’essor du fascisme : l’insignifiance et l’impuissance de l’individu. » (Fromm, 2023 : 211). Redonner à chacun·e la possibilité de créer constitue donc une condition démocratique fondamentale.
Créer, c’est donner forme à quelque chose : une idée, un geste, une organisation, une relation, un outil, une manière d’habiter un lieu ou d’éduquer un·e enfant. Cuisiner une recette, inventer une solution dans une situation complexe, réorganiser son travail, prendre soin d’un·e voisin·e, faire tenir un collectif, réparer un objet ou une relation : tous ces gestes relèvent de la création. Ce ne sont pas seulement des activités « pratiques », ce sont des actes par lesquels nous transformons légèrement le monde, par lesquels nous attestons que nous avons prise sur lui.
Créer, c’est agir. C’est ressentir que l’on a la capacité d’introduire du possible dans un monde qui, autrement, pourrait nous écraser. C'est se reconnaître comme sujet capable de penser, de transformer, d’inventer. À l’inverse, lorsque les individus sont privés de cette capacité créatrice - au travail, dans leur langue, dans leur milieu de vie - ils deviennent vulnérables aux logiques de domination. Comme l’écrit Erich Fromm (2023) : « Le terreau fertile pour l’essor du fascisme : l’insignifiance et l’impuissance de l’individu. » (Fromm, 2023 : 211). Redonner à chacun·e la possibilité de créer constitue donc une condition démocratique fondamentale.
Créer, ce n’est pas seulement produire quelque chose : c’est imaginer, relier, s’engager, se responsabiliser, faire émerger du commun. C’est reconnaître que nous participons tous et toutes, par nos gestes quotidiens comme par nos engagements collectifs, à fabriquer un territoire, à inventer ses formes de vie, à orienter son avenir.
Penser la création ainsi, de manière large et inclusive, c’est penser la liberté. Créer, c’est affirmer sa place dans le monde, se saisir de la possibilité d’être acteur ou actrice de ce qui nous entoure. C’est accepter d’explorer, de douter, d’expérimenter, de refaire. Imaginer Iparralde en 2040 est déjà un acte de création : un acte d’ouverture, de projection, d’espérance. C’est affirmer que l’avenir n’existe pas sans nous, et que nous avons la capacité de le façonner.
Penser la création ainsi, de manière large et inclusive, c’est penser la liberté. Créer, c’est affirmer sa place dans le monde, se saisir de la possibilité d’être acteur ou actrice de ce qui nous entoure. C’est accepter d’explorer, de douter, d’expérimenter, de refaire. Imaginer Iparralde en 2040 est déjà un acte de création : un acte d’ouverture, de projection, d’espérance. C’est affirmer que l’avenir n’existe pas sans nous, et que nous avons la capacité de le façonner.
Les espaces de création : où et comment la création devient collective
Créer n’est jamais un acte isolé. Même lorsqu’il semble surgir d’un élan individuel, il est nourri par des environnements, des relations, des infrastructures matérielles et symboliques. Penser la création à l’échelle d’un territoire implique donc d’interroger les espaces - physiques, sociaux, institutionnels, culturels - qui rendent possibles ces élans inventifs.
En Iparralde, ces espaces sont nombreux, divers, profondément ancrés dans l’histoire locale. Ils montrent que la création n’est pas seulement un geste, mais une dynamique collective, une manière de faire société.
Les espaces culturels et artistiques : matrices historiques de la création
Le domaine artistique et culturel constitue l’un des lieux les plus visibles de la création. Il joue un rôle social et politique essentiel : il ouvre des perspectives nouvelles, propose des récits alternatifs, produit de la distance et de la réflexion, donne à voir et à sentir autrement. L’art est un espace de liberté qui permet la confrontation, l’émancipation et la mise en débat, autant de conditions nécessaires à la vitalité démocratique.
Aménager de tels espaces relève d’un choix politique. Ils nécessitent des lieux - salles de spectacle, espaces de répétition, résidences, places publiques, environnements ouverts à l’occupation temporaire - mais aussi des ressources - humaines, financières et institutionnelles. Soutenir la création artistique, c’est reconnaître son rôle structurant dans la société.
En Iparralde, cette dynamique prend une forme singulière : le monde culturel repose sur une hybridité qui mêle réseaux amateurs et professionnels, milieux associatifs et institutions. Cette géographie culturelle, riche et dense, fonctionne grâce à des ponts subtils : la transmission intergénérationnelle, les réseaux d’apprentissage informels, les initiatives bilingues, la coopération entre communes et associations. Penser les espaces de création artistique, ici, revient à soutenir ces ponts et à valoriser ce mode d’organisation original.
Pourtant, la culture demeure souvent fragilisée, considérée comme secondaire ou optionnelle, notamment en période de crise. Replacer les pratiques artistiques au cœur du fonctionnement collectif, c’est affirmer qu’elles ne sont pas un luxe mais un socle démocratique, un lieu où la pensée, l’expression et la liberté se maintiennent vivantes.
Les espaces de création collective : inventer des réponses sociales
La création ne se limite cependant pas aux formes artistiques. Depuis plusieurs décennies, Iparralde est le lieu d’une effervescence créative qui se manifeste dans la production d’outils, de structures et d’alternatives destinées à répondre aux besoins du territoire. Comme l’a montré Txomin Poveda (2020), ces initiatives relèvent d’une pensée alternative où « des individus s’emploient à créer les conditions d’autres issues, d’autres modèles sociaux ».
Depuis les années 1970, des dizaines d’initiatives ont émergé. Chacune, à sa manière, a apporté une réponse concrète à un besoin social, culturel, linguistique, économique ou écologique. Ensemble, elles constituent une véritable tradition locale de création collective, une forme d’ingéniosité territoriale.
Plus encore que les outils créés, ce sont les processus qui y mènent qui importent : rassembler des personnes, débattre, élaborer des visions communes, défendre des causes, revendiquer une place, mutualiser des compétences, inventer des formes nouvelles d’organisation.
Ces processus créatifs sont souvent nourris par l’engagement militant. Le militantisme agit comme un espace d’expérimentation, où l’on teste des alternatives, où l’on fabrique des prototypes sociaux, où l’on exerce la capacité de créer des mondes nouveaux.
Soutenir la création collective signifie alors penser les conditions de possibilité de ces rencontres et de ces émergences : des lieux physiques accessibles, adaptables, ouverts ; des temps dédiés aux échanges, à la réflexion, à la mise en commun ; des dispositifs de soutien institutionnel ; une reconnaissance de la valeur politique et sociale de ces dynamiques.
C’est dans ce sens que les tiers-lieux, en expansion dans le territoire, jouent un rôle important : ce sont des espaces de possibles, des carrefours de pratiques, des terrains d’essai où se rencontrent des personnes d’horizons différents. Ils incarnent un modèle d’espace créatif capable de relier innovation sociale, ancrage local et intelligence collective.
Création et territoire : Iparralde comme terre fertile
Ce qui apparaît, à travers ces expériences, c’est qu’Iparralde a développé une capacité singulière à inventer : inventer des réponses, des institutions, des alliances ; inventer des formes de coopération, des modèles endogènes ; inventer des ponts entre les langues, les cultures, les pratiques ; inventer des manières d’habiter et de défendre un territoire.Créer devient alors une manière d’exister collectivement. C’est un levier pour imaginer l’avenir non pas comme une fatalité, mais comme un chantier ouvert, un terrain où les idées, les initiatives et les manières de faire peuvent se multiplier.
Dans ce sens, la création n’est pas seulement un acte de production : c’est une façon d’organiser la vie commune, une manière de fabriquer un territoire vivable, juste et désirable.
Les conditions de la création : langues, cadres et épistémologies
Créer ne se fait jamais dans le vide. Pour que la création advienne, il faut des conditions : des langues qui permettent de penser, des cadres qui autorisent l’expérimentation, des espaces où la pluralité d’expériences peut circuler. La création n’est pas seulement un geste ; c’est une écologie, un ensemble de milieux qui rendent possible le surgissement d’idées nouvelles, de récits, de pratiques, de solutions.En Iparralde, ces conditions prennent une tonalité particulière. Le territoire est traversé par des héritages, des luttes, des transmissions linguistiques, des savoirs situés et des formes d’organisation qui influencent profondément les manières de créer.
Langues et création : penser depuis des sources multiples
Penser dans une langue, ce n’est pas seulement utiliser un outil de communication : c’est mobiliser une manière d’être au monde, une structure de pensée, une sensibilité particulière. Chaque langue porte des images, des nuances, des rapports spécifiques au temps, au collectif, au vivant. Créer, c’est donc toujours créer depuis une langue, avec les mondes qu’elle contient.Dans ce sens, la pluralité linguistique n’est pas un simple patrimoine : c’est une source de création. L’euskara, par son histoire, sa plasticité, sa proximité au territoire, propose des manières particulières de penser la relation, la communauté, l’espace. Il ouvre des chemins imaginatifs différents de ceux offerts par le français, et réciproquement.
Mais toutes les langues ne disposent pas des mêmes conditions matérielles pour se déployer. La domination historique du français, les interdits scolaires – le bâton anti-basque est encore présent dans de nombreuses mémoires – et les discriminations linguistiques ont longtemps réduit les espaces possibles de la création en euskara. Restaurer, soutenir et élargir ces espaces linguistiques, c’est élargir les horizons de la création collective.
Ainsi, garantir la possibilité de créer dans plusieurs langues, que ce soit dans l’éducation, la culture, les médias, la vie publique ou les pratiques quotidiennes, revient à nourrir une multitude de visions du monde, et donc une multitude de futurs possibles.
Apprendre de la pluralité des expériences
Créer exige également une diversité de regards. Les idées nouvelles émergent rarement d’espaces homogènes : elles naissent des frictions, des rencontres, des perspectives croisées. Les sciences sociales parlent d’« épistémologies situées » pour désigner cette idée : nos savoirs sont produits depuis des expériences particulières, des positions sociales, des histoires singulières.Reconnaître cette pluralité, c’est reconnaître que chacun·e porte une part de savoir liée à sa manière d’habiter le territoire : les agriculteur·rices, les migrant·es, les jeunes, les personnes âgées, les artisan·es, les artistes, les soignant·es, les militant·es, les commerçant·es… Chacun·e voit une part du réel que d’autres ne voient pas.
La création collective naît de la mise en relation de ces perceptions multiples, et Iparralde possède une tradition forte de cette mise en relation. Le travail associatif, les fêtes, les réseaux militants, les solidarités locales, les mobilisations collectives… sont autant de lieux où les expériences circulent, s’entrechoquent, s’enrichissent. La création s’y nourrit d’un savoir profondément ancré dans les pratiques, dans le territoire, dans les liens.
La fête : identité et lien social
Reconnaître et encourager ces « épistémologies situées », c’est donc encourager des formes de création qui ne viennent pas d’en haut, mais du terrain, de la vie, du commun.
Désapprendre pour créer : cadres critiques et liberté de penser
Créer implique souvent de désapprendre : suspendre ses certitudes, déplacer ses habitudes, renoncer à l’idée que le réel ne pourrait être autrement. La philosophe Donna Haraway (2020) rappelle que penser, c’est apprendre à « faire avec le trouble », à rester ouvert·e à la complexité, à la contradiction, à l’incertitude, à faire de l’inconfort un espace d’invention.Pour cela, il faut des cadres institutionnels, éducatifs et relationnels qui encouragent la pensée critique. Des lieux où l’on peut débattre sans être disqualifié·e, où l’on peut proposer sans se mettre en danger, où l’on peut expérimenter sans avoir peur de « mal faire ». La création ne peut naître là où règne la peur : peur de l’échec, de la sanction, de l’humiliation, de la perte de statut. Favoriser la création implique donc de construire une culture du droit à l’essai, du tâtonnement, de l’erreur productive.
En Iparralde, de nombreux espaces éducatifs et associatifs portent déjà cette vision : centres de formations, écoles d’art, ikastola, collectifs militants, initiatives citoyennes… Ils constituent des lieux où l’on apprend à penser autrement, à faire ensemble, à relier ce qui semblait séparé. Soutenir ces systèmes d’apprentissage tout au long de la vie, c’est soutenir la création comme capacité collective.
Créer, c’est transmettre
Enfin, la création repose sur une dynamique de transmission. Une société qui crée est une société où l’on se transmet des savoirs, des gestes, des langues, des méthodes et des manières d’être. L’éducation, au sens large, n’est pas seulement un lieu où l’on apprend : c’est un atelier de création collective, où se fabriquent des capacités, des sensibilités, des imaginaires.L’enjeu n’est pas seulement d’enseigner des contenus, mais de cultiver des dispositions : la curiosité, le doute, la coopération, le sens critique, la prise d’initiative. Paulo Freire rappelait que les humain·es ne sont pas fait·es pour s’adapter au monde, mais pour le transformer. L’éducation doit donc nourrir cette capacité de transformation et de créativité, cette créativité fondamentale. Le tissu éducatif riche d’Iparralde, dans son large spectre, offre autant d’espaces qui contribuent à bâtir une société capable de créer, d’imaginer et de se projeter.
Créer les conditions d’une éducation vivante, plurilingue, ouverte et expérimentale, c’est semer les graines des créations futures, individuelles, collectives et territoriales.
Travailler = créer : repenser l'économie depuis la puissance créatrice
Si créer est une capacité humaine fondamentale, alors le travail au sens large - qu’il soit salarié, indépendant, associatif, bénévole, agricole, artisanal ou domestique - est l’un des lieux majeurs où cette capacité peut s’exprimer. Le travail n’est pas seulement une fonction économique : c’est un espace où l’on se relie au monde, où l’on agit sur la matière, sur les autres, sur les situations. En ce sens, travailler, c’est déjà créer.Dans les modèles industriels et productivistes qui ont structuré les dernières décennies, le travail a pourtant souvent été réduit à l’exécution, à la procédure, à la répétition. L’humain devient un rouage, un opérateur, un gestionnaire, dépossédé de sa puissance d’invention. Cette perte de sens, massivement ressentie aujourd’hui, témoigne d’un problème profond : une économie qui ne reconnaît pas la dimension créatrice du travail est une économie qui fragilise les individus et les collectifs.
Le sens du travail : de l’exécution à la création
Partout en Europe, et en Iparralde aussi, les transformations du travail génèrent des tensions : burn-out, démissions, sentiment d’inutilité, chômage structurel, précarisation, isolement. Au centre de ces difficultés apparaît une question simple et redoutable : « pourquoi je travaille ? »La recherche sociologique montre que les travailleurs et travailleuses supportent de moins en moins les systèmes où iels n’ont aucune prise, où leur geste ne compte plus, où leur intelligence n’est pas mobilisée. Richard Sennett (2010) explique que les humains ont besoin de sentir qu’iels font quelque chose de bien, qu’iels maîtrisent, qu’iels comprennent, qu’iels transforment. Le travail, même modeste, même humble, peut alors devenir un lieu de fierté, de savoir-faire, de relation.
Repenser le travail comme acte de création revient à restaurer cette prise, cette autonomie, cette capacité à agir. Cela signifie reconnaître la valeur des savoirs pratiques, des gestes, de l’intuition, du soin, de l’adaptation : toutes ces formes d’intelligence trop souvent invisibilisées.
Travail et habitabilité : une économie qui crée sans détruire
Dans le contexte de l’Anthropocène, période caractérisée par les effets de l’humain sur la planète, créer signifie inventer des manières de travailler qui ne détruisent pas les conditions mêmes du vivant. Pour l’économiste Kate Raworth (2018), l’économie doit opérer à l’intérieur de limites écologiques et sociales, en créant les conditions d’une vie digne pour toutes et tous.Repenser le travail comme création implique donc de l’inscrire dans une logique d’habitabilité : créer des conditions de vie soutenables ; réduire la pression sur les écosystèmes ; revitaliser les communs ; penser la réparation plutôt que l’extraction ; imaginer des modes de production et de consommation compatibles avec le vivant.
Cette perspective ne relève ni de l’utopie ni de la contrainte : elle ouvre de nouveaux espaces professionnels, de nouveaux métiers, de nouvelles formes d’organisation où la création se déploie dans la transformation écologique.
L’économie doit être au service du lieu, de ses acteur·rices, de ses communs — et elle doit être robuste, au sens où l’entend Olivier Hamant (2023) : une économie qui ne cherche pas l’optimisation maximale, mais qui s’appuie sur la diversité, les alliances et la sobriété pour mieux encaisser les chocs. Et cela inclut évidemment l’ensemble des entreprises du territoire - PME, industries, coopératives, associations — dont l’ancrage, l’emploi et les savoir-faire contribuent déjà à cette économie territoriale robuste, une économie construite par et pour le territoire, et sans laquelle aucune vision d’avenir ne tient debout..
Une économie territoriale : créer depuis l’ancrage
Iparralde possède une économie particulière : relativement petite à l’échelle macroéconomique, mais riche en initiatives locales, en coopératives, en TPE, en structures associatives, en réseaux de solidarité. Le territoire s’est doté, au fil des décennies, de nombreux outils endogènes.L'économie en 2040
Cette économie est moins fondée sur la recherche de croissance que sur la recherche de cohérence : cohérence avec le territoire, avec les valeurs, avec les ressources locales. Elle s’articule souvent autour de la coopération, du partage de risques, de l’implication citoyenne. Elle s’appuie sur une culture du lien, du faire ensemble, de l’expérimentation sociale.
Dans ce contexte, le travail devient un espace où l’on fabrique du territoire autant qu’un revenu : on participe à une filière, on préserve un savoir-faire, on nourrit une langue, on crée un service utile, on contribue à une dynamique collective. Le sens du travail se trouve alors dans son impact, dans son inscription dans un tissu local, dans sa relation au vivant et aux autres.
Concevoir le travail comme un acte créatif, c’est comprendre que l’économie est un système d’invention qui permet à une société de se renouveler et de construire son habitabilité. Pour faire de chacun·e un acteur ou une actrice de transformation, les politiques publiques doivent valoriser les métiers créateurs, ancrer les activités dans le territoire, encourager les modèles coopératifs, reconnaître les savoirs situés et garantir des conditions de travail propices à la création.
Vers Iparralde 2040 : que peut-on créer ensemble ?
Créer face à l’Anthropocène : imaginer des futurs habitables
Créer face à l’Anthropocène, c’est inventer des futurs habitables dans un contexte de crises écologiques, sociales et démocratiques. Dans une époque marquée par l’incertitude, penser et imaginer deviennent des actes essentiels : comme le souligne Donna Haraway (2018), ils permettent de résister à l’impuissance et d’ouvrir le champ du possible. Créer, c’est accepter les limites écologiques, inventer des pratiques compatibles avec le vivant et renforcer les solidarités pour rendre les territoires véritablement habitables.Iparralde dispose de ressources majeures - culture du collectif, tissu associatif dense, créativité linguistique et institutions innovantes - qui en font une terre fertile pour imaginer et construire un avenir à la fois réaliste et désirable.
Les associations, piliers du développement du territoire
Si la création est une capacité humaine universelle, et si Iparralde possède une longue tradition d’invention collective, la question qui se pose aujourd’hui est simple et ambitieuse : que voulons-nous créer ensemble pour 2040 ?
Il ne s’agit pas seulement de projets, d’outils ou d’institutions, mais aussi des liens que nous tissons, des récits que nous partageons, des manières d’habiter, d’accueillir et de prendre soin, des futurs désirables pour toutes celles et ceux qui vivront ici dans vingt ans.
Le chemin vers 2040
Imaginer 2040 n’a pas consisté à prédire l’avenir, mais à exprimer ce que nous souhaitons voir advenir : des manières de vivre plus sobres, plus justes, et compatibles avec le vivant ; des communautés solidaires ; des écoles et lieux d’apprentissage où langues et savoirs se rencontrent ; des espaces où l’on peut travailler en créant et créer en travaillant ; des relations qui ne laissent personne de côté.Garantir la capacité créatrice pour toutes et tous signifie offrir du temps, des espaces, des ressources et des droits permettant à chacun·e d’agir. En Iparralde, la création repose sur une forte culture de coopération qu’il s’agit de renforcer en soutenant les initiatives collectives et la participation à tous les âges.
Le territoire possède déjà un patrimoine riche d’inventions - écoles, coopératives, outils fonciers, médias, mouvements citoyens - qu’il convient de relier, renouveler et amplifier, en impliquant notamment les jeunes générations.
Créer Iparralde 2040, c’est ouvrir des futurs désirables, fondés sur des formes de vie soutenables et des récits partagés. Créer devient alors une manière d’habiter l’avenir : reconnaître sa capacité d’agir, faire confiance à l’intelligence collective et construire ensemble un territoire habitable pour toutes et tous. En 2040, Iparralde ne sera pas le résultat d’un modèle figé, mais la somme des créations, petites et grandes, que ses habitantes et habitants auront fait émerger.
L’avenir est une œuvre collective. Et elle commence maintenant.
FREIRE Paulo, 1970/1996. Pédagogie des opprimés. Paris : Maspero.
FROMM Erich 2023. La peur de la liberté, Paris, Les Belles lettres, 263p.
HAMANT Olivier, 2023. Antidote au culte de la performance : la robustesse du vivant, Paris, Gallimard, Tracts, 63p.
HARAWAY Donna J., 2020. Vivre avec le trouble, Les Éditions des mondes à faire, 375p.
POVEDA Txomin, 2020. There is an alternative. Expériences de la pensée radicale et de l’agir pragmatique au Pays Basque nord, Thèse de doctorat en Sociologie, Université de Pau et des Pays de l’Adour.
RAWORTH Kate, 2018. Économie du donut : 7 façons de penser l’économie du XXIe siècle. Paris : Les Liens Qui Libèrent.
SENNET Richard, 2010. Ce que sait la main : la culture de l’artisanat (P.-E. Dauzat, trad.). Paris : Albin Michel.
FROMM Erich 2023. La peur de la liberté, Paris, Les Belles lettres, 263p.
HAMANT Olivier, 2023. Antidote au culte de la performance : la robustesse du vivant, Paris, Gallimard, Tracts, 63p.
HARAWAY Donna J., 2020. Vivre avec le trouble, Les Éditions des mondes à faire, 375p.
POVEDA Txomin, 2020. There is an alternative. Expériences de la pensée radicale et de l’agir pragmatique au Pays Basque nord, Thèse de doctorat en Sociologie, Université de Pau et des Pays de l’Adour.
RAWORTH Kate, 2018. Économie du donut : 7 façons de penser l’économie du XXIe siècle. Paris : Les Liens Qui Libèrent.
SENNET Richard, 2010. Ce que sait la main : la culture de l’artisanat (P.-E. Dauzat, trad.). Paris : Albin Michel.
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