
Euskara, jalgi hadi plazara
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L'euskara prend la place ?
Le premier livre imprimé en euskara a trouvé refuge à Bayonne pour quelques semaines, non loin de sa maison natale. Il retournera ensuite à son lieu de conservation, loin des euskaldun, à Paris. C’est un objet dont on nous parle depuis notre jeunesse, inscrit dans notre culture : maintenant qu’il est là, on a envie d’aller le voir. Il a parcouru des siècles et se trouve aujourd’hui sous nos yeux, ouvert à la page du célèbre poème Kontrapas : “Euskara, jalgi hadi plazara”. Depuis le XVIème donc, depuis cet acte de militantisme de Bernat Etxepare d’imprimer pour la première fois un livre en euskara traitant de ce sujet, on prône la place de l’euskara sur la place publique.
Cinq siècles plus tard, Plazara a vu le jour : une structure œuvrant pour rendre l’euskara plus visible, plus audible et plus utilisé au quotidien. “Euskara jalgi hadi plazara”. Le message est donc toujours le même. Un sentiment de frustration nous parcourt face à cet écrit sous cloche : est-on condamné·es à toujours lutter en faveur de notre langue ? A être toujours dans l’effort, la revendication et la lutte ?
Cinq siècles plus tard, Plazara a vu le jour : une structure œuvrant pour rendre l’euskara plus visible, plus audible et plus utilisé au quotidien. “Euskara jalgi hadi plazara”. Le message est donc toujours le même. Un sentiment de frustration nous parcourt face à cet écrit sous cloche : est-on condamné·es à toujours lutter en faveur de notre langue ? A être toujours dans l’effort, la revendication et la lutte ?
Vivre dans sa propre langue est un droit universel et humain. Garantir ce droit est-il de la seule responsabilité des locuteur·trices ? Être locuteur·trice euskaldun signifie-t-il d’ être constamment dans une lutte pour revendiquer la place de cette langue ? Au sein du comité des fêtes pour ne pas oublier l’euskara sur les panneaux des bords des routes ? Lors de réunions de parents d’élèves pour oser utiliser sa langue pour poser une question ? Au travail pour s’assurer qu’une newsletter de l’entreprise soit bilingue ? En tant que spectateur·trice d’une conférence signalée en euskara avec traduction simultanée mais qui aura finalement lieu en français, car l’organisation n’a pas porté de casques de traduction ? Le droit existe, et beaucoup de choses sont mises en place pour rendre visible la langue, mais cela n’enlève pas les tensions constantes et les petites crispations du quotidien qui existent dans les intériorités des bascophones.
Cela dit, la richesse qu’apporte la présence de cette langue sur le territoire n’est démentie par personne et de façon massive, prendre soin de cette richesse est unanimement souhaitée pour aujourd’hui et pour l’avenir.
Cela dit, la richesse qu’apporte la présence de cette langue sur le territoire n’est démentie par personne et de façon massive, prendre soin de cette richesse est unanimement souhaitée pour aujourd’hui et pour l’avenir.
Euskara : langue fonctionnelle ?
De plus, l’euskara a une dimension fonctionnelle, parfois non contestée. L’auteur navarrais Xamar s’intéresse à l’euskara dans la vallée d’Aezkoa jouxtant le territoire de Garazi et essaie de comprendre pourquoi cette langue ne s’est pas transmise à un moment donné dans cette vallée. Les seul·es locuteur·trices qui ont continué à le parler, selon les témoignages récoltés par l’auteur, décrivaient une dimension fonctionnelle : l’euskara servait pour parler avec les Français. Cette simple phrase dit beaucoup des représentations, des appartenances, des identités, mais le commenter n’est pas l’objet de ce document.
En revanche, elle est intéressante pour décrire une réalité qui existe aujourd’hui dans le monde de la coopération transfrontalière : l’euskara est toléré à partir du moment où elle est fonctionnelle et qu’elle permet de porter des projets transfrontaliers, qui offrent des opportunités de financement non négligeables sur le territoire. Certains projets transfrontaliers sont pensés, menés, coordonnés en euskara même s’ils se donnent à voir en trois langues au grand public.
En revanche, elle est intéressante pour décrire une réalité qui existe aujourd’hui dans le monde de la coopération transfrontalière : l’euskara est toléré à partir du moment où elle est fonctionnelle et qu’elle permet de porter des projets transfrontaliers, qui offrent des opportunités de financement non négligeables sur le territoire. Certains projets transfrontaliers sont pensés, menés, coordonnés en euskara même s’ils se donnent à voir en trois langues au grand public.
Cette langue commune simplifie les échanges d’une part, et d’autre part, permet de légitimer la place de l’euskara au sein de certains organismes, notamment en Iparralde où cette habitude est plutôt réservée aux entités œuvrant en euskara ou pour son développement. Si on regarde le verre à moitié plein, l’euskara sert à nouer des relations avec nos voisin·es et donc à faciliter l’obtention de fonds européens importants.
Des opportunités certes, mais c’est aussi très frustrant pour les bascophones de voir un usage de l’euskara possible mais relégué souvent à une dimension cachée et informelle des projets (échanges oraux entre partenaires, documents de travail internes non rendus publics…), toujours dans une situation minorisée. De plus, on peut y voir l’utilisation de l’euskara pour des profits autres, tels que financiers, sans pour autant valoriser la langue elle-même et ce qu’elle apporte, tendant vers un abus. On ne peut pas se contenter de cette situation. On ne peut pas réduire une langue à une valeur fonctionnelle ou patrimoniale et choisir celle qui nous convient selon les situations. Le bien-être linguistique sera réussi en sortant de ces logiques de domination vis-à-vis de l’euskara.
Des opportunités certes, mais c’est aussi très frustrant pour les bascophones de voir un usage de l’euskara possible mais relégué souvent à une dimension cachée et informelle des projets (échanges oraux entre partenaires, documents de travail internes non rendus publics…), toujours dans une situation minorisée. De plus, on peut y voir l’utilisation de l’euskara pour des profits autres, tels que financiers, sans pour autant valoriser la langue elle-même et ce qu’elle apporte, tendant vers un abus. On ne peut pas se contenter de cette situation. On ne peut pas réduire une langue à une valeur fonctionnelle ou patrimoniale et choisir celle qui nous convient selon les situations. Le bien-être linguistique sera réussi en sortant de ces logiques de domination vis-à-vis de l’euskara.
La diglossie en Iparralde
Comme dans de nombreux territoires dans le monde, une cohabitation de plusieurs langues existe en Iparralde. Le français et l’euskara en premier lieu, mais on peut aussi parler de l’espagnol, de l’occitan, ou encore de langues qu’on entend de plus en plus au détour d’une rue et qu’on a tendance à ne pas prendre en compte, car associées dans nos imaginaires à des pays lointains et à des altérités : le wolof, le russe, l’ukrainien etc. Pourtant, ce sont des langues qui révèlent des réalités qui nous concernent, qui sont bien présentes dans notre environnement, qui partagent le même espace que nos langues.
Sur cet écrit, on fait le choix de nous centrer sur l’euskara et les problématiques liées à cette langue, car elle nous touche au cœur dans ce travail de prospective. Cela dit, elle n’est pas à envisager comme une réflexion généralisable à l’ensemble des langues parlées et vécues sur le territoire, ni comme une réflexion sur les langues en Iparralde. C’est une réflexion sur l’euskara qui se trouve dans une situation de diglossie avec le français. Ce terme est utilisé en sociolinguistique pour faire référence à une situation de cohabitation entre deux langues dont les statuts sont différenciés, l’une ayant une supériorité sur l’autre. L’euskara et le français en Iparralde vivent cette situation de diglossie dans la mesure où l’euskara n’est pas considérée comme langue officielle, mais comme une langue régionale reléguée souvent au domaine privé et informel. L’euskara est une langue minoritaire et minorisée en Iparralde. Vivre en euskara consiste à vivre dans ce contexte de diglossie et donc dans un rapport de pouvoir constant. La question linguistique est politique et elle parle de pouvoir.
Sur cet écrit, on fait le choix de nous centrer sur l’euskara et les problématiques liées à cette langue, car elle nous touche au cœur dans ce travail de prospective. Cela dit, elle n’est pas à envisager comme une réflexion généralisable à l’ensemble des langues parlées et vécues sur le territoire, ni comme une réflexion sur les langues en Iparralde. C’est une réflexion sur l’euskara qui se trouve dans une situation de diglossie avec le français. Ce terme est utilisé en sociolinguistique pour faire référence à une situation de cohabitation entre deux langues dont les statuts sont différenciés, l’une ayant une supériorité sur l’autre. L’euskara et le français en Iparralde vivent cette situation de diglossie dans la mesure où l’euskara n’est pas considérée comme langue officielle, mais comme une langue régionale reléguée souvent au domaine privé et informel. L’euskara est une langue minoritaire et minorisée en Iparralde. Vivre en euskara consiste à vivre dans ce contexte de diglossie et donc dans un rapport de pouvoir constant. La question linguistique est politique et elle parle de pouvoir.
L’enjeu pour l’avenir est simple : comment faire en sorte que l’euskara ne soit pas un problème ou un poids, une source de stress ? Cette fiche propose une réflexion pour tenter d’aller vers un bien-être linguistique en 2040, autrement dit sortir du stress linguistique vécu au quotidien. L’existence de cette fiche et sa rédaction en français souhaitent souligner la responsabilité collective vis-à-vis de cette langue : l’euskara est l’affaire de tou·tes sur le territoire, si on habite en Iparralde, on vit avec/en/contre/à côté de l’euskara. Finalement, on est tou·tes concerné·es. Il peut être un sujet tabou, parfois dans l’intention de ne pas générer de conflit : comment faire pour qu’il devienne un sujet sans générer de tension et partager sa responsabilité ? Se projeter pour penser Iparralde en 2040 demande un positionnement vis-à-vis de l’euskara.
Cette réflexion s’appuie autant sur des échanges, débats tenus en interne au sein du Conseil de Développement depuis plusieurs années, dans l’équipe technique et avec les membres, que sur des propos recueillis dans le cadre de la dynamique : certaines actions portaient spécifiquement sur le thème de l’euskara, alors que d’autres pas nécessairement. Cela dit un constat général mérite d’être souligné : l’euskara est une préoccupation qui ressort à divers endroits. Ce document s’appuie également sur des ressources, diagnostics et réflexions riches et variées existantes sur le territoire. Nombre d’associations et de structures travaillent au quotidien sur ces questions. Il ne s’agit pas ici de porter les revendications de ces structures, en manque de moyens aujourd’hui, mais de pointer du doigt l’enjeu du territoire pour imaginer une place meilleure pour l’euskara en 2040.
Cette réflexion s’appuie autant sur des échanges, débats tenus en interne au sein du Conseil de Développement depuis plusieurs années, dans l’équipe technique et avec les membres, que sur des propos recueillis dans le cadre de la dynamique : certaines actions portaient spécifiquement sur le thème de l’euskara, alors que d’autres pas nécessairement. Cela dit un constat général mérite d’être souligné : l’euskara est une préoccupation qui ressort à divers endroits. Ce document s’appuie également sur des ressources, diagnostics et réflexions riches et variées existantes sur le territoire. Nombre d’associations et de structures travaillent au quotidien sur ces questions. Il ne s’agit pas ici de porter les revendications de ces structures, en manque de moyens aujourd’hui, mais de pointer du doigt l’enjeu du territoire pour imaginer une place meilleure pour l’euskara en 2040.
Entre avril et octobre 2025, un questionnaire en deux langues a été diffusé dans les réseaux du CDPB auquel tout·e habitant·e pouvait répondre. Environ 140 réponses ont été obtenues et analysées.
Le but de ce questionnaire était d’aller interroger la relation à l’euskara, la dimension émotionnelle et affective et inviter à imaginer les souhaits pour l’euskara en 2040.
Le rapport à la langue selon qu’on est locuteur·rice ou non est nécessairement différent. C’est pourquoi, les deux questionnaires, en euskara et en français, n’étaient pas construits de la même façon.
Toutes les réponses et une proposition d’analyse sont disponibles sur cette plateforme.
Le but de ce questionnaire était d’aller interroger la relation à l’euskara, la dimension émotionnelle et affective et inviter à imaginer les souhaits pour l’euskara en 2040.
Le rapport à la langue selon qu’on est locuteur·rice ou non est nécessairement différent. C’est pourquoi, les deux questionnaires, en euskara et en français, n’étaient pas construits de la même façon.
Toutes les réponses et une proposition d’analyse sont disponibles sur cette plateforme.
Plusieurs ateliers ont été organisés dans le cadre d’Iparralde 2040 avec des structures travaillant en faveur de l’euskara sur le territoire : AEK, BIGA BAI, Seaska, Zinegin, Eusko Ikaskuntza…
Notamment, plusieurs animations s’appuyaient sur un faux documentaire réalisé par des jeunes à Bidarrai qui ont imaginé des solutions pour le développement de l’euskara en 2040. Ce court-métrage intitulé “Errekari mintzo” était coproduit par Zukugailua et le CDPB en collaboration avec Aldudarrak Bideo.
D’autres animations ne portaient pas nécessairement sur le sujet mais l’euskara est ressorti comme un élément central.
Tous les compte-rendus des ateliers sont disponibles sur cette plateforme.
Notamment, plusieurs animations s’appuyaient sur un faux documentaire réalisé par des jeunes à Bidarrai qui ont imaginé des solutions pour le développement de l’euskara en 2040. Ce court-métrage intitulé “Errekari mintzo” était coproduit par Zukugailua et le CDPB en collaboration avec Aldudarrak Bideo.
D’autres animations ne portaient pas nécessairement sur le sujet mais l’euskara est ressorti comme un élément central.
Tous les compte-rendus des ateliers sont disponibles sur cette plateforme.
Dans le but d’apporter sa réflexion, Euskal Konfederazioa a proposé une contribution écrite pour la dynamique.
Cette contribution est disponible sur cette plateforme.
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L'écosystème de l'euskalgintza
Les membres de Plazara l’explicitent clairement lors des formations de sensibilisation proposées : il y a des sociétés qui se définissent par la langue, comme c’est le cas des euskaldun, et d’autres avec d’autres éléments. Les Amazigh, par exemple, fondent leur identité sur la liberté ou le nomadisme et c’est l’élément essentiel de leur identité. Pour un euskaldun, c’est l’euskara. Euskaldun signifie littéralement, celui ou celle qui a l’euskara. De ce fait, l’engagement des personnes et des structures en faveur de la langue porte en lui la défense d’un peuple, d’une identité, ce qui lui confère souvent des enjeux politiques qui alimentent le sentiment d’exclusion des non bascophones.
L’écosystème de l’euskalgintza œuvre au quotidien pour défendre les droits linguistiques et culturels d’une partie de la population. Pourquoi parler d’écosystème ? En réalité, ce travail est partagé : il existe des structures institutionnelles comme l’Office Publique de la Langue Basque et celles qui font des politiques publiques linguistiques comme la Communauté d’Agglomération ou les communes. En complémentarité avec les pouvoirs publics, des associations travaillent sur cette thématique comme AEK, Euskal Konfederazioa, Euskal Hedabideak, Plazara, Taupa mugimendua, Eusko Ikaskuntza, UEU, Seaska, BIGA BAI… Le monde associatif ne s’arrête pas là puisque des associations culturelles qui organisent des événements, comme le festival EHZ, participent également de cet écosystème, tout comme des associations œuvrant en faveur de l’euskara au sein de leur commune ou à une échelle territoriale réduite comme Basaizea, Mintzalasai, Baltsan, Zabalik etc. Il y a également des structures qui œuvrent pour l’euskara plus indirectement, comme Euskal Moneta, qui, par le biais d’une monnaie locale, incite le développement de l’euskara au sein des structures membres. L’ensemble de cet écosystème permet de tenir en équilibre ce monde qui fait en sorte de faire exister l’euskara au quotidien sur le territoire.
Des différents ateliers et contributions, une inquiétude générale et un malaise ressortent. L’euskara se vit depuis la tension, la lutte. Un développement de la langue est souhaité de façon générale, il faut aller plus loin. Par exemple, lors de l’atelier avec les membres de Biga Bai, il est conclu qu’ils·elles souhaiteraient, en 2040, « positionner la langue basque au même niveau que la langue française dans la représentation qu’on en a » et « avoir une cohérence entre la quantité de propositions en bilingue et la communication bilingue (très présente) ». L’idéal à atteindre et souhaité pour les jeunes générations est de pouvoir vivre totalement en euskara en Iparralde. Pour cela la nécessité de l’officialisation de l’euskara est soulignée dans nombre de contributions à Iparralde 2040.
Euskal Konfederazioa, dans sa note réalisée pour la dynamique, pointe trois difficultés majeures :
Euskal Konfederazioa, dans sa note réalisée pour la dynamique, pointe trois difficultés majeures :
- un cadre légal manquant,
- un budget insuffisant,
- l’absence d’institution forte avec des compétences suffisantes sur le territoire.
Ce constat sombre est en décalage avec la volonté générale de la population, favorable au développement de la langue. En se basant sur l’enquête sociolinguistique réalisée par l’OPLB entre autres, Euskal Konfederazioa souligne cette attitude positive dans sa note : « 60,5 % montrent un intérêt assez fort ou très fort pour la langue et 79,4 % envisagent un enseignement de la langue basque pour leur enfant (immersif, bilingue ou optionnel) ».
Dans ce contexte, réfléchir à la place de l’euskara en 2040 s’avère tout à fait légitime et nécessaire afin d’imaginer un futur souhaitable se basant sur le bien-vivre linguistique. La question peut être traitée de différentes façons en réalité et on la propose ici sous un angle, qui n’est pas exclusif des autres. Notamment, on ouvre la réflexion avec l’enjeu de la traduction.
Dans ce contexte, réfléchir à la place de l’euskara en 2040 s’avère tout à fait légitime et nécessaire afin d’imaginer un futur souhaitable se basant sur le bien-vivre linguistique. La question peut être traitée de différentes façons en réalité et on la propose ici sous un angle, qui n’est pas exclusif des autres. Notamment, on ouvre la réflexion avec l’enjeu de la traduction.
De la traduction vers l'euskara à la création en euskara
La question de la traduction : des frustrations
Faire une place à l’euskara reviendrait-il à traduire systématiquement tout écrit vers l’euskara, par exemple ? Prenons le cas de ce travail, le rendu d’Iparralde 2040. La question de l’euskara se pose à plusieurs niveaux. L’ensemble des contenus a été initialement rédigé en français pour une question de commodité au sein de l’équipe et des membres du CDPB, et plusieurs retours sont formulés par des bascophones ou des non bascophones avec ces termes : et en euskara ?
C’est bien une question qu’on s’est posée : ce travail doit-il être traduit ? Par qui ? Avec quel(s) moyens ? Une partie de l’équipe, des membres du Conseil de Développement et des participant·es aux ateliers est euskaldun, autrement dit des personnes dont une des langues est l’euskara. Nous avons en interne les compétences pour faire ce travail d’animation, de réflexion, de rédaction en euskara. Mais pas tou·tes. Force est de constater que pour préserver l’enjeu de rédaction collective, le travail est fait en français. L’euskara ne serait-il donc qu’une traduction d’un travail réalisé en français ? Pourquoi traduire ? Plus personne sur notre territoire n'est unilingue bascophone. A priori, tout le monde sera donc en mesure de lire les contributions en français. Le faire pour faire exister l’euskara ? Pour montrer qu’on défend l’euskara ? Nous ne sommes pas convaincu·es. L’avantage, avec une version en euskara, est de toucher des personnes en Hegoalde qui auraient accès à ce travail et qui peuvent y trouver un intérêt. Un autre intérêt rappelé par des traducteur·rices professionnel·les est d’enrichir et de moderniser la langue : parfois, même s’il est évident que personne ne lira un document technique traduit en l’euskara, il s’agit d’un exercice de perfectionnement pour les traducteur·rices et de gage de qualité pour la langue, une façon de montrer que tout cela peut aussi exister en euskara, le niveau de la langue est suffisant contrairement à ce qui peut être pensé.
C’est bien une question qu’on s’est posée : ce travail doit-il être traduit ? Par qui ? Avec quel(s) moyens ? Une partie de l’équipe, des membres du Conseil de Développement et des participant·es aux ateliers est euskaldun, autrement dit des personnes dont une des langues est l’euskara. Nous avons en interne les compétences pour faire ce travail d’animation, de réflexion, de rédaction en euskara. Mais pas tou·tes. Force est de constater que pour préserver l’enjeu de rédaction collective, le travail est fait en français. L’euskara ne serait-il donc qu’une traduction d’un travail réalisé en français ? Pourquoi traduire ? Plus personne sur notre territoire n'est unilingue bascophone. A priori, tout le monde sera donc en mesure de lire les contributions en français. Le faire pour faire exister l’euskara ? Pour montrer qu’on défend l’euskara ? Nous ne sommes pas convaincu·es. L’avantage, avec une version en euskara, est de toucher des personnes en Hegoalde qui auraient accès à ce travail et qui peuvent y trouver un intérêt. Un autre intérêt rappelé par des traducteur·rices professionnel·les est d’enrichir et de moderniser la langue : parfois, même s’il est évident que personne ne lira un document technique traduit en l’euskara, il s’agit d’un exercice de perfectionnement pour les traducteur·rices et de gage de qualité pour la langue, une façon de montrer que tout cela peut aussi exister en euskara, le niveau de la langue est suffisant contrairement à ce qui peut être pensé.
En même temps, quand on écrit en basque, nous ne sommes pas toujours certain·es d’être lu·es par les bascophones (question d’habitudes, d’aisance…), et presque certain·es que l’oeil des erdaldun va immédiatement se détourner de ce texte. Nous touchons, là-aussi, une limite d’une forme de bilinguisme symétrique qui organise des couloirs de lecture pour chacun·e en évitant qu’ils ne se croisent. Or, ne devons-nous pas commencer à décloisonner les langues, si nous voulons organiser le vivre ensemble au sein du territoire ? Inventer des procédés graphiques et éditoriaux pour que les non-bascophones s’attardent sur des mots et phrases en basque, en créant la sensation de pouvoir les déchiffrer ? Démystifier l’image d’une langue différente et difficile, pour en donner un aperçu pédagogiquement ? Se dire qu’on n’est pas toujours obligé de tout traduire… car certains mots en basque sont compréhensibles par tou·tes. Créer un va-et-vient naturel, stimulant et inclusif, au service de l’intercompréhension en somme.
Des pistes de réflexion existent dans ce sens. Il s’agit d’être innovant·e dans notre façon de communiquer en nous inspirant de ce que font plus de 15.000 enfants du Pays Basque Nord au quotidien : penser dans une langue et parler dans une autre, raconter en basque à l’école le lundi ce qu’il·elle a parfois fait en français le week-end à la maison ou en français à ses parents ce qu’il·elle a fait en basque à l’école. En matière d’euskara aussi, on a de quoi s’inspirer chez les nouvelles générations. C’est un exercice qu’on tend à intégrer au Conseil de Développement petit à petit.
Dans le court-métrage réalisé par les jeunes dans le cadre d’un atelier en partenariat avec Zukugailua, ils·elles proposent le port d’écouteurs pour les personnes non bascophones qui arrivent sur le territoire, y compris les touristes.
Des pistes de réflexion existent dans ce sens. Il s’agit d’être innovant·e dans notre façon de communiquer en nous inspirant de ce que font plus de 15.000 enfants du Pays Basque Nord au quotidien : penser dans une langue et parler dans une autre, raconter en basque à l’école le lundi ce qu’il·elle a parfois fait en français le week-end à la maison ou en français à ses parents ce qu’il·elle a fait en basque à l’école. En matière d’euskara aussi, on a de quoi s’inspirer chez les nouvelles générations. C’est un exercice qu’on tend à intégrer au Conseil de Développement petit à petit.
Dans le court-métrage réalisé par les jeunes dans le cadre d’un atelier en partenariat avec Zukugailua, ils·elles proposent le port d’écouteurs pour les personnes non bascophones qui arrivent sur le territoire, y compris les touristes.
Des pistes pour trouver des solutions en sortant de la traduction systématique, il y en a donc. Traduire ou non, ainsi que comment traduire, est une question de choix.
Si on décide de ne pas traduire, on est vite repris par nos esprits : cela voudrait-il dire qu’on pourrait publier le travail Iparralde 2040 sans euskara ? Vraiment ? Avec à la limite, un Zoom sur l’euskara ? Celui que vous détenez entre les mains. L’euskara comme sujet. La décision d’écrire cette fiche en français n’est pas anodine d’ailleurs, on y reviendra.
La frustration est vécue, partagée par d’autres personnes de l’équipe ou d’autres membres qui eux et elles, ne sont pas bascophones. Ceux ou celles qui se sentent limité·es à l’heure d’animer une séance avec un groupe essentiellement ou exclusivement bascophone, qui se sentent responsables de l’impossibilité de faire une place à l’euskara, qui souhaitent participer mais qui ne supportent pas la situation, et c’est légitime car on ne sait pas comment s’y prendre pour ne pas déranger, frustrer, blesser.
Si on décide de ne pas traduire, on est vite repris par nos esprits : cela voudrait-il dire qu’on pourrait publier le travail Iparralde 2040 sans euskara ? Vraiment ? Avec à la limite, un Zoom sur l’euskara ? Celui que vous détenez entre les mains. L’euskara comme sujet. La décision d’écrire cette fiche en français n’est pas anodine d’ailleurs, on y reviendra.
La frustration est vécue, partagée par d’autres personnes de l’équipe ou d’autres membres qui eux et elles, ne sont pas bascophones. Ceux ou celles qui se sentent limité·es à l’heure d’animer une séance avec un groupe essentiellement ou exclusivement bascophone, qui se sentent responsables de l’impossibilité de faire une place à l’euskara, qui souhaitent participer mais qui ne supportent pas la situation, et c’est légitime car on ne sait pas comment s’y prendre pour ne pas déranger, frustrer, blesser.
Traduire = créer
Les bascophones de l’équipe, s’ils·elles se l’autorisaient, pourraient développer une réflexion collective en euskara qui les amènerait sans doute à des pistes de réflexions différentes, complémentaires. Mais cela les amène à tisser en même temps plusieurs fils de pensées, qui s’entremêlent, car nous n’avons pas (ou n’avons pas su donner) les moyens de faire deux équipes parallèles en immersion. Les quelques tentatives que nous nous sommes permis de faire font apparaître une autre problématique, celle de la frustration que ça génère autour de nous :
- Cela a l’air intéressant, tu peux traduire ?
- Eh non ! je ne peux pas ! Je ne traduis pas, je recommence la réflexion en français…Et je me rends compte que certaines notions, certains concepts ne sont pas traduisibles, ils ouvrent des chemins différents. Passionnant, mais fatigant…
Mais en conséquence, quelle responsabilité engage-t-on dans l’absence de cette langue dans le rendu ? En effet, on pourrait tout traduire mais qu’est-ce qui nous contraint de le faire ? On le ferait par obligation ? Par militantisme ? Pour montrer que l’euskara a sa place ? Mais qui traduit ? Et même si on confie la mission de traduction à une personne extérieure, les bascophones qui ont réfléchi et développé les concepts en français se retrouvent à recommencer les chemins de pensées en relisant et vérifiant la traduction. Quand on voit le travail d’orfèvre pour respecter les chemins de pensées collectifs dans les rendus ou ciseler les concepts, est-ce respectueux pour les traducteur·rices ? Pour la langue elle-même ? Qu’est-ce qui nous fait dire qu’on doit le faire et qu’on décide de le faire même si les conditions ne sont pas optimales ?
En effet, la traduction n’est pas qu’un simple exercice technique. Nous avons fait le choix, par exemple, pour restituer le travail, d’articuler un argumentaire autour de six verbes : habiter, accueillir, prendre soin, créer, coopérer et s’engager. Six verbes qui sont le fruit d’une réflexion menée en français. Si on réfléchit à la traduction, littéralement ce serait : bizi izan / egon, harrera egin / errezebitu / aterpetu, zaindu, sortu / ekoiztu, elkarlana egin /lankidetzan jardun, engaiatu / bide eman. D’abord, il est clair que ce n’est pas un exercice évident.
Traduire, c’est interpréter et choisir, ce n’est donc pas un exercice purement technique. Entre les multiples termes mis en avant ici, il faudrait choisir. Puis, si on entre dans cet exercice, très vite on se dit que cette présentation à partir de verbes n’est sans doute pas pertinente en euskara et qu’il faudrait plutôt passer aux substantifs : eguneroko bizitza / harrera herria / zaintza / sorkuntza / elkarlana / engaiamendua. Et en allant plus loin, on pourrait faire émerger d’autres concepts peut-être pour développer une réflexion : si au lieu d’elkarlana, on mettait en avant auzolana ? Mais auzolana ne détient-il pas déjà l’idée d’engagement en son sein ? A-t-on donc besoin de deux termes différents et deux développements distincts ? Peut-être pas.
- Cela a l’air intéressant, tu peux traduire ?
- Eh non ! je ne peux pas ! Je ne traduis pas, je recommence la réflexion en français…Et je me rends compte que certaines notions, certains concepts ne sont pas traduisibles, ils ouvrent des chemins différents. Passionnant, mais fatigant…
Mais en conséquence, quelle responsabilité engage-t-on dans l’absence de cette langue dans le rendu ? En effet, on pourrait tout traduire mais qu’est-ce qui nous contraint de le faire ? On le ferait par obligation ? Par militantisme ? Pour montrer que l’euskara a sa place ? Mais qui traduit ? Et même si on confie la mission de traduction à une personne extérieure, les bascophones qui ont réfléchi et développé les concepts en français se retrouvent à recommencer les chemins de pensées en relisant et vérifiant la traduction. Quand on voit le travail d’orfèvre pour respecter les chemins de pensées collectifs dans les rendus ou ciseler les concepts, est-ce respectueux pour les traducteur·rices ? Pour la langue elle-même ? Qu’est-ce qui nous fait dire qu’on doit le faire et qu’on décide de le faire même si les conditions ne sont pas optimales ?
En effet, la traduction n’est pas qu’un simple exercice technique. Nous avons fait le choix, par exemple, pour restituer le travail, d’articuler un argumentaire autour de six verbes : habiter, accueillir, prendre soin, créer, coopérer et s’engager. Six verbes qui sont le fruit d’une réflexion menée en français. Si on réfléchit à la traduction, littéralement ce serait : bizi izan / egon, harrera egin / errezebitu / aterpetu, zaindu, sortu / ekoiztu, elkarlana egin /lankidetzan jardun, engaiatu / bide eman. D’abord, il est clair que ce n’est pas un exercice évident.
Traduire, c’est interpréter et choisir, ce n’est donc pas un exercice purement technique. Entre les multiples termes mis en avant ici, il faudrait choisir. Puis, si on entre dans cet exercice, très vite on se dit que cette présentation à partir de verbes n’est sans doute pas pertinente en euskara et qu’il faudrait plutôt passer aux substantifs : eguneroko bizitza / harrera herria / zaintza / sorkuntza / elkarlana / engaiamendua. Et en allant plus loin, on pourrait faire émerger d’autres concepts peut-être pour développer une réflexion : si au lieu d’elkarlana, on mettait en avant auzolana ? Mais auzolana ne détient-il pas déjà l’idée d’engagement en son sein ? A-t-on donc besoin de deux termes différents et deux développements distincts ? Peut-être pas.
Et c’est ainsi que l’exercice de la traduction devient un vrai exercice de création, de réflexion. On démarre un nouveau travail depuis nos intériorités euskaldun. C’est la chance de toute personne bilingue, de pouvoir naviguer d’une langue à une autre, d’un monde à un autre, d’une perspective à une autre.
Finalement, c’est bien parce que l’euskara n’est pas qu’une question de traduction qu’on a fait le choix de ne pas traduire le travail dans son ensemble. Il nous semble que ce serait faire une “fausse” place à l’euskara, encore un document qu’on trouverait “sous cloche” dans quelques années comme témoin d’une époque où on était encore capable de rédiger un document technique en euskara ?
Finalement, c’est bien parce que l’euskara n’est pas qu’une question de traduction qu’on a fait le choix de ne pas traduire le travail dans son ensemble. Il nous semble que ce serait faire une “fausse” place à l’euskara, encore un document qu’on trouverait “sous cloche” dans quelques années comme témoin d’une époque où on était encore capable de rédiger un document technique en euskara ?
Pourquoi créer en euskara ? Multiplier les possibles
Si le processus de réflexion prospective avait été réalisé en euskara en parallèle de la réflexion menée en français, aurait-on obtenu deux processus similaires ? Ou deux voix complémentaires et donc une diversité qui nous enrichit nécessairement ? En somme, penser, réfléchir en euskara est bien plus que l’idée de faire une place à cette langue et à ses locuteur·rices dans cette langue. Il s’agit de faire une place à une pensée nouvelle, un cheminement nouveau. Or, n’est-ce pas tout le travail d’une prospective de penser des cheminements souhaitables pour demain ? Autrement dit, imaginer des voies pour l’avenir. Faire ce travail en plusieurs langues a du sens donc, dans la mesure où cela peut nous aider à imaginer d’autres futurs. Et le faire depuis une langue minorisée et minoritaire offre des possibilités qui n’existent pas en faisant le travail depuis le français, langue hégémonique et majoritaire sur le territoire. Penser depuis la subalternité permettrait d’ouvrir des voies nouvelles sans doute. Une pensée décoloniale et remettant en question les relations de pouvoir est pertinente à développer depuis l’euskara. Ce qui permettrait de remettre en question sa relation même vis-à-vis des autres langues et de proposer des alternatives pour penser ces relations et sortir de la diglossie.Faire en euskara pour faire territoire
Cela dit, il ne faut pas comprendre non plus que développer Iparralde 2040 dans le maximum de langues possible serait pertinent. Dans une certaine mesure, sans doute, mais cette contribution est limitée. Pourquoi ? Car Iparralde 2040 est un exercice territorial, dans le sens où il est question de faire territoire collectivement à travers ce travail et qu’il s’agit de répondre aux enjeux contemporains à l’échelle territoriale.
La relation entre une langue et le territoire ne peut pas être négligée dans cette réflexion. Un territoire fait le choix des langues et il lui revient de développer telle ou telle langue ou de les laisser mourir à travers les politiques mises en œuvre.
Et dans le même temps, ce qui nous intéresse plus particulièrement est que le développement d’une langue contribue au développement de son territoire. On le comprend avec un discours écologique qui détient une vision holistique. L’article d'Itsaso Olaizola Azurmendi, spécialiste de l’écologie linguistique, paru dans un numéro de la revue Jakin traitant du Pays Basque en 2040 est éclairant à ce sujet. L’auteure explique que l’écologie peut s’intéresser aux langues comme à tous les éléments qui composent nos vies. Elle défend la (bio)diversité, ce qui s’appliquerait au niveau linguistique à la lutte pour la diversité des langues, envisagée comme richesse. Selon cette perspective, pour qu’une langue détienne les conditions pour se développer, il faut une terre physique sur laquelle elle est reconnue et peut vivre. Il faut également un contexte social, autrement dit une communauté de bascophones et un capital social et culturel associé. Penser en termes d’écologie linguistique permet de défendre une diversité linguistique au nom d’une biodiversité nécessaire. Pour cela, il faut prendre soin du local, il faut une économie, une culture et un territoire qui prônent un contexte propice pour ces langues. Cette diversité des langues est donc indissociable d’une dimension territoriale, locale.
Or, l’écologie prône de passer par le local comme solution aux enjeux planétaires, penser ces solutions depuis des langues locales permet d’adopter cette perspective écologique donc. Penser depuis l’euskara permettrait ainsi de développer des solutions écologiques vis-à-vis de l’avenir, autrement dit, penser depuis l’euskara est une façon de faire territoire et de contribuer au développement territorial.
L'euskara pour un territoire habitable à l'avenir
De plus, Itsaso Olaizola Azurmendi explique que la posture activiste de l’écologie s’associe à la question linguistique : l’écologie propose des mesures de protection et de développement pour les espèces en voie de disparition, elle est interventionniste et propose la même chose pour une langue en situation minoritaire et minorisée. Dès lors, et en adoptant un point de vue intersectionnel, adopter une posture active en faveur de l’euskara induit de croiser les luttes et de défendre la lutte écologique, féministe, agroécologique en défendant une terre résiliente et la justice sociale, autrement dit un système où on prend soin d’un écosystème dans son ensemble. La participation démocratique est aussi défendue dans cette approche, autrement dit comme une valeur souhaitable pour l’avenir et défendue dans le projet Iparralde 2040. C’est une visée holistique que propose l’approche écologiste et l’appliquer à la question linguistique permet d’ouvrir un champ plus large que la seule défense de la langue sur l’argument de sa disparition. Une terre capable de vivre en euskara renvoie donc à offrir des possibles pour penser un territoire habitable et souhaitable.
Pour cela, encore faut-il que le territoire fasse le choix de l’euskara et de son développement, de politiques volontaristes qui vont dans ce sens. L’euskara offre la possibilité de penser, d’interpréter, de faire évoluer le pays de l’euskara, Euskal Herria, autrement dit une terre qui ne correspond pas à un État-nation, mais revendiquée par une nation sans État. Ce territoire peut être une réponse locale aux enjeux globaux aujourd’hui, mais pour qu’elle puisse être une réponse, elle doit l’être en euskara. Depuis sa position minoritaire et minorisée, l’euskara peut envisager des imaginaires souhaitables et décoloniales dont nos sociétés ont besoin au moment où nous nous situons face au mur.
Se responsabiliser avec l'euskara
Cet exercice reste à faire puisqu'on ne l’a pas fait pour Iparralde 2040… on ouvre ici la voie afin de la soumettre pour l’avenir. Et c’est pourquoi cette fiche est rédigée en français : elle est destinée en priorité aux non-bascophones. La responsabilité de l’euskara n’est pas celle des euskaldun, elle est partagée. Elle appartient à tou·tes les habitant·es d’Iparralde : la responsabilité de sa viabilité sur le territoire, de sa pérennité et de son développement mais aussi la responsabilité de sa terre où tou·tes les habitant·es, euskaldun ou non, habitent. Se responsabiliser de notre terre et trouver des solutions pour demain demande de s’engager vis-à-vis de l’euskara. Toutes les alternatives, les outils ne seraient pas possibles si l’euskara n’était pas là ou alors notre territoire aurait pris une autre direction, aurait une autre couleur, un autre goût. Si on s’attache à ce territoire, c’est aussi parce qu’on s’attache à sa langue. D’ailleurs, ça se voit quand on parcourt les données récoltées tout au long du processus d’Iparralde 2040 : l’euskara est omniprésente comme sujet, mais passer à l’acte de vivre en euskara et avec elle, reste à la marge.
En vue de 2040 : sortir du stress linguistique pour aller vers le bien-être sociétal
Si on n’a pas franchi le pas de faire ce travail de création et de réflexion d’Iparralde 2040 en euskara dans sa globalité, c’est en partie dû au contexte dans lequel nous sommes actuellement : la diglossie dont on a parlé plus haut et qui entraîne un stress linguistique. Par peur d’exclure, par souci de partager les réflexions avec tout le monde, par manque d’audace, car ce serait incompris, on écarte la création en euskara, depuis l’euskara.Pour 2040, on doit se donner les moyens d’aller vers un bien-être linguistique. Euskal Konfederazioa propose dans sa note d’aller vers le “bilinguisme généralisé”. Toutes les contributions, les réponses aux questionnaires, les ateliers ou les ressources récoltées tendent vers l’officialisation de la langue pour que les prochaines générations puissent vivre totalement en euskara. On a développé ici l’argumentaire depuis notre expérience au sein du CDPB, celui de l’exercice de prospective, mais cette réflexion vaut dans tous les domaines : dans une relation de soins dans le milieu hospitalier par exemple, inclure la réflexion linguistique fait partie intégrante du bien-être linguistique par exemple. Soigner dans une langue ou dans une autre a une influence sur la relation qui s’instaure et sur le bien-être global de la personne soignée.
Comment penser une société où le stress linguistique disparaît ? Comment faire en sorte d’intégrer les propositions en euskara, les créations, les réflexions dans tous les domaines et de ne pas les prendre comme des éléments marginaux, excluants, blessants ou invisibles ? Comment les considérer comme des propositions à part entière ? Comment sortir des logiques de traduction systématique ?
L’euskara est certes un sujet aujourd’hui, la preuve, ce document existe. L’euskara permet de mettre en lien ses locuteur·rices, de former des communautés et de faire lien avec sa terre et son environnement, sa culture, c’est pourquoi, plutôt que d’être sujet, l’euskara doit vivre depuis nos intériorités jusqu’au paysage qui nous environne dans nos vies quotidiennes et cela, au nom d’un bien-être sociétal.
Un axe de travail pour 2026
À la suite de cette réflexion et en échangeant avec les membres du CDPB, des propositions émergent pour la suite : notamment, créer un groupe de prospective qui travaillera en euskara, qui créera et pensera les futurs souhaitables en euskara, afin de ne pas tomber dans le piège de la traduction et de concepts intraduisibles, afin d’ouvrir de nouveaux imaginaires pour l’avenir et complémentaires de ceux réalisés en français. Ce travail en euskara enrichirait les réflexions sur les problématiques actuelles. Travailler, penser et créer en euskara permettrait aussi de resituer notre territoire dans une géographie différente et de donner à voir le dynamisme de la notion de territoire. Des partenariats, des pistes pourraient s’ouvrir à l’échelle du Pays Basque et permettraient d’envisager les futurs avec nos voisin·es.Ainsi, une expérimentation pourrait être mise en place dès 2026 pour travailler en euskara et concrétiser un travail de prospective depuis cette langue minoritaire et minorisée.
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