L'orientation, une affaire de relations humaines et d'accompagnement collectif


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L’orientation est un enjeu central du parcours scolaire et professionnel de tou·tes les adolescent·es et jeunes adultes vivant sur le territoire français, soit près de 3,4 millions de collégien·nes et plus de 8,2 millions de jeunes entre 15 et 24 ans.

Le sujet est donc d’ampleur. Depuis dix ans, il a fait l’objet de nombreux plans et réformes politiques : parcours Avenir pour intégrer l’orientation dès le collège (2015), création de la plateforme Parcoursup (2018), réforme du baccalauréat (2019-2021), obligation de formation jusqu’à 18 ans (2020), réforme de l’orientation du collège à l’université (plan Avenir - 2025)…

De fait, une grande variété d’acteur·rices, issu·es de différents secteurs d’activités, intervient auprès des jeunes, sans toujours se connaître, et de très nombreuses initiatives sont mises en place, sans toujours de lien avec l’existant. Cela engendre un constat de confusion partagé par les jeunes, les parents, les professeur·es, les entreprises… Ces constats ont été également établis par le CDPB qui a travaillé pendant plusieurs années sur l’orientation territoriale des jeunes avec l’expérimentation ibilBIDE (menée de 2021 à 2024 en partenariat avec la Région Nouvelle-Aquitaine et le soutien des autorités académiques).
Ce projet, qui a réuni un grand nombre des acteur·rices de l’orientation en Pays Basque, acteur·rices qui s’ignoraient ou n’avaient que trop rarement l’occasion de se côtoyer, et de nombreux·euses jeunes autour de diagnostics et d’actions partagées, a montré que le territoire peut être une ressource dans le parcours d’orientation des jeunes, mais aussi que le facteur humain est fondamental à tous les niveaux de ces parcours.

Alors, en 2040, comment prendre soin de ces adolescent·es et jeunes adultes qui traversent ces problématiques d’orientation ? Comment leur permettre de cheminer dans leur parcours, plus facilement, plus tranquillement ?

Ces constats, et l’ensemble des observations réalisées dans le cadre d’ibilBIDE, proviennent de différentes actions menées durant l’expérimentation :

- un diagnostic établi conjointement par des acteur·rices de l’orientation et près de 150 jeunes rencontrés dans tout Iparralde ;

- une enquête menée auprès des professeur·es principaux·ales des collèges et lycées du territoire (253 répondant·es) sur leurs besoins en matière d’accompagnement à l’orientation, puis trois rencontres à destination des professeur·es principaux·ales organisées à Hendaye, Bayonne et Larceveau ;

- une étude de faisabilité sur un réseau d’entreprises accueillantes qui a permis d’interroger environ 80 chef·fes d’entreprises et responsables de réseaux professionnels ;

- l’animation au long cours de l’écosystème des acteur·rices impliqué·es dans le projet.


Ce qu’ibilBIDE nous a appris…


🟣 Que les jeunes demandent à être mieux écouté·es et reconnu·es comme acteurs et actrices de leurs choix, affirmant que personne ne peut décider à leur place de leur avenir ; iels souhaitent surtout être accompagné·es pour apprendre à mieux se connaître, et pour leur permettre construire leur projet avec une relation d’écoute et de confiance.
« Je suis très contente d’avoir finalement pu imposer mes choix plutôt que d’avoir suivi ce qu’on me disait de faire » - « on nous met beaucoup dans des cases » - « certains enseignants essaient de mettre en avant nos défauts et nos qualités, ça peut être aidant d’être accompagné là-dessus » - « les adultes ont trop de préjugés » - « il faut travailler sur soi-même pour trouver ce que l’on veut faire, ne pas attendre que ça tombe du ciel » - « chaque personne est différente ».
« pour les jeunes qui sont dans ma situation, au niveau de l’orientation, je pense qu’il faut se faire confiance avant tout […] plutôt s’écouter eux-mêmes que d’écouter les autres » - « des amis qui voulaient faire un lycée agricole et à qui on a dit non parce qu’ils avaient une trop bonne moyenne » - « on fait pas assez confiance aux jeunes, à ce qu’ils désirent […] ça fait souvent des gros dégâts, ça fait des jeunes qui arrivent à la fac et qui savent pas ce qu’ils veulent faire »

Témoignages de jeunes du territoire recueillis dans le cadre de l’expérimentation ibilBIDE, 2021-2024

🔶 Que les professeur·es et chef·fes d’établissements issu·es des trois filières d’enseignement présentes sur le territoire, sollicité·es de toutes parts, expriment un besoin de coopération renforcée, notamment par la mutualisation des moyens et des initiatives, ce aussi bien au sein de leur établissement qu’entre les établissements scolaires.
« Je trouve dommage qu'on ne soit pas davantage formés et surtout que l'on ne mutualise pas davantage nos pratiques. Un travail inter-établissement pourrait être fort intéressant pour tous. »

« C’est l'enseignement qu'il faut réformer plutôt que d'essayer de faire rentrer les élèves dans des cases »

« Mundu paraleloetan bizitzen garela dirudi hezkuntza sistema, egiteko manerak, baliabideak sailetan oinarrituz. »
« Pourquoi autant de disparités dans les moyens donnés aux enseignants ? autant de cloisonnement ? »

Réponses de professeur·es du territoire à l’évaluation des rencontres pour les professeur·es principaux·ales organisées en janvier 2024 dans le cadre de l’expérimentation ibilBIDE

🟦 Que les professionnel·les en entreprises sont de plus en plus sollicité·es dans la découverte des métiers, mais que les disparités de moyens freinent la représentation des réalités professionnelles du territoire : si les grosses entreprises ou les secteurs fédérés disposent de services RH ou dédient des salarié·es au lien entre jeunes et entreprises, les (toutes) petites entreprises n’ont ni le temps, ni les moyens de s’y consacrer. Or, au Pays Basque, ces TPE représentent 96 % du tissu économique local.
« Je suis motivée pour accueillir des jeunes en visite, ou même intervenir ponctuellement en classe, mais je n’ai pas le temps de m’en occuper »

« une demi-journée consacrée à la découverte de mon métier a un coût pour moi, est-il possible d’être dédommagé·e pour ce temps imparti ? »

« mon entreprise a la chance d’avoir quelqu’un pour s’en occuper. Je n’imagine même pas comment le gérant d’une petite entreprise, qui doit s’occuper de la gestion, de la compta, des ventes, de la production etc., se débrouille pour faire de la relation aux écoles. C’est matériellement impossible ! »

Extraits de l'étude de faisabilité d'un réseau d'entreprises accueillantes, réalisée en 2024 dans le adre de l'expérimentation ibilBIDE.

🟠 Que les acteur·rices de l’orientation rencontré·es dans le cadre d’ibilBIDE sont en demande d’un espace de dialogue et d’interconnaissance, animé par un tiers soucieux de la mise en synergie de la diversité des acteur·rices, pour pour mieux se comprendre, construire des liens plus solides et plus durables, co-concevoir des outils adaptés aux besoins de chacun.


🔷 Que le territoire est une véritable ressource pour construire son parcours d’orientation et se projeter dans l’avenir : « on ne nous enseigne pas assez notre territoire ! » regrettent les jeunes rencontré·es dans le cadre d’ibilBIDE qui, conscient·es du fait que cela les aiderait à se découvrir et faire leurs choix d’orientation, aimeraient également mieux connaître les acteur·rices, secteurs d’activités, entreprises, emplois, opportunités professionnelles… d’Iparralde.
🟪 Que l’équité en matière d’orientation passe aussi par l’égalité d’accès aux informations : tou·tes les jeunes, leurs parents, leurs professeur·es ou formateur·rices, doivent pouvoir poser des questions et trouver des réponses auprès d’interlocuteur·rices disponibles, bienveillant·es et représentatifs de la diversité des parcours possibles (acteur·rices de l’orientation, professionnel·les, pairs plus âgé·es…).


🟡 Que la structuration locale de l’orientation doit s’appuyer sur ces dynamiques humaines : mettre en réseau les personnes, les initiatives et les établissements, pour que les jeunes puissent bénéficier d’un accompagnement cohérent et humain tout au long de leur parcours.

UN RÉCIT DE L'ECONOMIE DU PAYS BASQUE NORD



Lien vers: https://societecivile-paysbasque.com/recit-economie-iparralde/
Une meilleure connaissance du territoire est identifiée comme un véritable atout pour se projeter dans son orientation et construire son parcours personnel et professionnel. Partant de ce constat, au croisement des réflexions qui ont eu lieu durant ibilBIDE, est né un outil pédagogique visant à mieux faire connaître l’économie du territoire, en racontant de manière simple et accessible ce qui fait la spécificité d’Iparralde en la matière.

Un récit de l’économie du Pays Basque Nord (également disponible en euskara) a été pensé comme une ressource dont les acteur·rices de l’orientation, mais aussi le grand public, pourraient s’emparer facilement ; simple et accessible, il permet de se projeter dans les activités, les métiers et la réalité du territoire, par le biais d’éclairages géographiques, historiques, culturels…

Il est disponible à l’achat mais accessible gratuitement en ligne.


Ce qui est ressorti lors de l'action menée dans le cadre Iparralde 2040


Cette action Iparralde 2040 a été organisée à l’occasion des portes ouvertes de l’UPPA, en février 2025, en direction des jeunes lycéen·nes et étudiant·es présent·es ce jour-là, ainsi que des parents qui les accompagnaient. L'animation, sur stand, a été doublée d'un questionnaire en ligne. Environ 60 personnes y ont participé.

Les questions posées étaient les suivantes :
- selon vous, qu’est-ce qui permettrait aux lycéen·nes de passer une année de terminale plus sereine ?
- selon vous, qu'est-ce qu'il faudrait aux étudiant·es pour passer une bonne première année après le bac ?

Le diagnostic déjà établi en 2021 par les jeunes et les acteur·rices, dans le cadre de l’expérimentation ibilBIDE, reste d’actualité pour les jeunes et leurs parents, qui confirment que l’orientation repose d’abord sur la qualité des relations qui se tissent autour d’elleux, et notamment :

🔷 par le fait de créer davantage d’occasions de rencontres avec le monde du travail, de dialogues directs avec des professionnel·les :
« rencontrer des pros » - « plus de stages » « plus de rencontres avec des pros » - plus de confrontation au monde du travail pour s'orienter »
🟡 par la nécessité de faire confiance aux jeunes :
« avoir confiance », « prendre conscience en soi »

🟪 par l’importance pour les accompagnant·es d’adopter une posture écoutante, bienveillante et ouverte :
« Parents à l'écoute » , « Bon encadrement - De l'écoute » , « professeurs bienveillants et à l’écoute »


Un bon équilibre entre la vie scolaire et la vie personnelle - être bien entouré·e, avoir des activités extrascolaires, bénéficier d’un environnement sécurisant - apparaît essentiel pour bien vivre ce moment charnière entre la fin du lycée et le début des études supérieures, qui correspond pour beaucoup aux premières années en-dehors du foyer familial.

« Un bon équilibre avec l'extrascolaire », « Temps pour activités dans le lycée ou hors lycée », « du soutien et de l'entraide », « il est important d'être bien entourée ! », « une bonne vie étudiante (des copines, du sport…) », « faire la fête », « un emploi du temps qui permet de profiter de la vie étudiante », « soutien des parents moral – financier », « un bon accompagnement (scolaire, extrascolaire, vie étudiante) »
Les jeunes et les parents déplorent une pression trop importante ressentie à tous les niveaux du processus d’orientation : la pression des résultats en contrôle continu au lycée, la pression liée à l’échéance du baccalauréat, la pression dont les jeunes ont l’impression qu’elle est mise par les professeur·es ou par les parents, la pression liée à l’outil Parcoursup (dont le processus de sélection est vu comme stressant et complexe)…

« moins de pression », « moins de pression », « moins de pression », « moins de pression », « moins de pression », « moins de pression »

D’autres paramètres prennent une place prépondérante dans les enjeux liés à l’orientation : le coût des études et de la vie – et donc le manque de moyens, la difficulté à se loger, des moyens de transports pas toujours adéquats…

« un meilleur accès aux logements », « de l'argent pour vivre », « une aide financière pour étudier », « du temps pour étudier », « passer moins de temps dans les transports »

PENSER LA VIE DES ÉTUDIANT·ES EN IPARRALDE 2040

L’Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA), avec le projet IREKIA lancé en 2021, prévoit également « d’augmenter significativement le nombre de ses étudiant·es sur les campus de la côte basque d’ici à 2032 » (à Anglet et à Bayonne).

Le rapport sur le logement des jeunes en Pays Basque intérieur, publié par le CDPB (2022), avait rendu visible les difficultés des jeunes, et notamment des jeunes étudiant·es, à se loger dans l’ensemble du territoire. Ce public fait partie de ceux qui souffrent le plus de la crise du logement : pas ou peu de revenus, besoins de logement sur des courtes périodes, voire très ponctuellement pour des stages ou dans deux lieux à la fois pour les alternant·es, manque de confiance de la part des propriétaires-bailleur·euses, délais d’accession aux logements sociaux trop longs pour un besoin immédiat et pour quelques années…

Dans le cadre de son Schéma de Développement Universitaire, la Communauté d’Agglomération Pays Basque a lancé, en 2024, la démarche « Campus Pays Basque ». Elle vise à fédérer l’ensemble des acteur·rices de l’enseignement supérieur afin de « faire du Pays Basque un territoire universitaire où l’offre de formation, la qualité des équipes, […] les infrastructure répondent au mieux aux aspirations des étudiant·es » et d’atteindre, en 2025, l’objectif de 10.000 étudiant·es sur le territoire.

L’Agence d’urbanisme Atlantique & Pyrénées (AUDAP) a publié, en novembre 2025, une note sur la mobilité étudiante et les dynamiques territoriales. Elle met en évidence l’importance d’une offre de formation structurée et diversifiée dans le choix des jeunes de rester sur leur territoire d’origine. L’attractivité du campus de Bayonne est soulignée pour les étudiant·es qui en sont originaires (40,1 % des étudiant·es résident·es « choisissent d’y poursuivre leurs études »), mais aussi pour les étudiant·es issu·es d’autres départements.

Dans un territoire où le manque de logements accessibles devient un frein au développement, notamment sur le littoral où se concentre pourtant l’essentiel de l’offre de formations supérieures, dans un contexte où la précarité des étudiant·es s’aggrave et où leur santé mentale se dégrade, et alors que des restrictions budgétaires s’annoncent au sein des établissements et des collectivités pour les prochaines années, la question de l’accueil de ces jeunes adultes qui restent ou viennent étudier en Iparralde se pose comme un enjeu majeur pour 2040.





REAFFIRMER LES ENSEIGNEMENTS POSES PAR L'EXPERIMENTATION IBILBIDE PERMET DE DESSINER LE CHEMIN A SUIVRE POUR 2040

  • Intégrer dans les approches de l’orientation les besoins des jeunes, ainsi que l’écoute et la valorisation de leur parole.

  • Faire émerger des réflexes collectifs de décloisonnement des actions, d’interconnaissance des acteur·rices, de facilitation des liens entre école et entreprise, de réduction de la pression subie par les jeunes…

  • Ancrer les dynamiques et les projets dans le territoire, en les co-construisant avec les différent·es acteur·rices concerné·es, en complémentarité avec l’existant.

  • Réunir et mobiliser l’écosystème des acteur·rices de l’orientation dans un espace permanent d’interconnaissance, de dialogue et de coopération entre pairs – à l’instar de la commission partenariale ibilBIDE, animée par le CPDB, qui a constitué pendant trois ans le laboratoire de cet espace dont les acteur·rices reconnaissent la nécessité.

  • Affirmer une volonté politique forte et mettre en place une synergie institutionnelle, partagée, pérenne, pour permettre cette approche globale et humaine de l’orientation, au service des jeunes avant tout.


Pour aller plus loin

- Agence d’urbanisme Atlantique & Pyrénées (AUDAP), 2025, Mobilité étudiante et dyanmiques territoriales : les flux d’arrivées et de départs des jeunes dans le Sud-Aquitain. < https://www.audap.org/fileadmin/2-Ressources/mediatheque/etudes/fichiers/lanote_18_parcoursup.pdf >
- Communauté d’agglomération Pays Basque (CAPB), 2024, « Lancement de la démarche ‘Campus Pays Basque’ ». < https://www.communaute-paysbasque.fr/actualites/toutes-les-actualites/actualite/lancement-de-la-demarche-campus-pays-basque >
- Conseil de développement du Pays Basque (CDPB), 2024, Bilan de l’expérimentation ibilBIDE (2021 – 2024). < https://societecivile-paysbasque.com/wp-content/uploads/2025/07/ibilBIDE-Dossier-bilan-cycle-1-2021-2024.pdf >
- Conseil de développement du Pays Basque (CDPB), 2024, ibilBIDE - Étude de faisabilité d’un réseau d’entreprises accueillante.s < https://societecivile-paysbasque.com/wp-content/uploads/2025/08/ibilBIDE-E%CC%81tude-re%CC%81seau-entreprises-accueillantes.pdf >
- Conseil de développement du Pays Basque (CDPB), 2022, Les besoins en logement des jeunes en Pays Basque intérieur. < https://societecivile-paysbasque.com/wp-content/uploads/2022/05/Diag-logement-jeunes-1.pdf >
- Conseil de développement du Pays Basque (CDPB), 2021, ibilBIDE - Synthèse des rencontres avec les jeunes du territoire. < https://societecivile-paysbasque.com/wp-content/uploads/2021/09/Rencontres-jeunes-Synthese.pdf >
- Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA), 2021, « L’UPPA renforce son offre de formation au Pays Basque ». < https://organisation.univ-pau.fr/fr/grands-projets/irekia.html >


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