
Se nourrir en lien avec le territoire
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Dès le lancement de la démarche Iparralde 2040, le lien entre alimentation et territoire a émergé rapidement comme un enjeu qui interroge, à la fois sur le fait de bien se nourrir pour préserver sa santé, et en tant que choix conscient, en cohérence avec les défis à relever pour prendre soin des ressources, des hommes, de la nature et de notre territoire.
Dans la suite logique des travaux menés sur le sujet depuis près de 10 ans par le Conseil de Développement du Pays Basque, la prospective Iparralde 2040 a été une occasion d’aller plus en profondeur, d’interroger le territoire sur la vision de l’agriculture et de l’alimentation par les habitant·es, sur la coopération entre acteur·rices et sur la précarité alimentaire.
Cette fiche permet de croiser les regards entre les retours des participant·es aux différents espaces de parole proposés dans le cadre d’Iparralde 2040 et le contexte général sur ces sujets. Cela nous donne à voir les sujets de préoccupations du territoire, qui s’articulent autour de la transformation du système alimentaire pour une proposition de modèles agricoles et alimentaires plus justes à tous les niveaux : un accès pour tou·tes au choix et à la qualité concernant l’alimentation, la préservation de la qualité de la terre et de l’eau, la reconnaissance des agriculteur·rices en leur permettant de vivre dignement, une alimentation signe de santé pour tou·tes.
Dans la suite logique des travaux menés sur le sujet depuis près de 10 ans par le Conseil de Développement du Pays Basque, la prospective Iparralde 2040 a été une occasion d’aller plus en profondeur, d’interroger le territoire sur la vision de l’agriculture et de l’alimentation par les habitant·es, sur la coopération entre acteur·rices et sur la précarité alimentaire.
Cette fiche permet de croiser les regards entre les retours des participant·es aux différents espaces de parole proposés dans le cadre d’Iparralde 2040 et le contexte général sur ces sujets. Cela nous donne à voir les sujets de préoccupations du territoire, qui s’articulent autour de la transformation du système alimentaire pour une proposition de modèles agricoles et alimentaires plus justes à tous les niveaux : un accès pour tou·tes au choix et à la qualité concernant l’alimentation, la préservation de la qualité de la terre et de l’eau, la reconnaissance des agriculteur·rices en leur permettant de vivre dignement, une alimentation signe de santé pour tou·tes.
Les grands enjeux identifiés dans le cadre de la démarche Iparralde 2040
Les habitant·es ont un regard positif sur l’agriculture et la soutiennent
Les participant·es partagent la vision d’un métier essentiel à la société mais difficile et mal rémunéré. Ils·elles s’accordent sur la nécessité de renforcer les modèles d’agriculture garantissant à tou·tes une alimentation de qualité et bonne pour la santé et l'environnement, tout en rémunérant correctement les agriculteur·rices. Iels sont attaché·es à pouvoir se nourrir de produits locaux.
Pour autant, les personnes interrogées ont conscience de ne pas être en cohérence entre leurs aspirations et leurs choix de consommation quotidiens. Il existe en effet un décalage entre souhait et réalité lié à des arbitrages budgétaires dans les familles et à la facilité de la grande distribution qui fait gagner du temps et encourage à la consommation de produits ultra transformés. Cependant, les retours font également état d’un manque d’accès à une production locale, notamment en fruits et légumes.
La conscience du public sur ces sujets est alimentée par un réseau associatif militant et des agriculteur·rices engagé·es dans des démarches de qualité.
La conscience de la précarité alimentaire fait émerger des initiatives
La précarité alimentaire est présente en Iparralde, à hauteur de 10 % soit 30 000 à 35 000 personnes. Cette situation est intolérable pour les structures et les personnes qui agissent auprès des personnes concernées. Cela a donné lieu à la création de plusieurs initiatives sur le territoire qui tendent à mettre en place un système différent pour faciliter l’accès à l’alimentation de qualité pour tou·tes : plusieurs modèles de sécurité sociale de l’alimentation, formats de régies municipales maraîchères, insertion par le maraîchage.
Les acteur·rices mesurent leur nécessaire coopération pour parvenir à transformer le système
Les participant·es aux différents ateliers Iparralde 2040, quelle que soit leur position d’élu·e, citoyen·ne, technicien·ne ou militant·e partagent la même analyse de la situation, selon leur angle de vue : le système alimentaire actuel nécessite une forte transformation pour répondre à l’ensemble des enjeux actuels et d’avenir. Et à la fois, ils·elles connaissent et mettent en avant les nombreuses initiatives locales, qu’elles soient institutionnelles, associatives ou citoyennes : Projet Alimentaire de Territoire, Sécurité Sociale de l'Alimentation, Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne...Pour parvenir à cette transformation, la voie de la coopération entre tou·tes fait consensus, en ayant des temps d’échanges et de réflexions, rencontres et débats pour avancer ensemble.
Les ateliers ont permis de dégager les attentes des participant·es pour cette coopération : définir une vision commune du collectif et de la méthodologie à adopter, intégrer dans ce collectif les personnes concernées et les secteurs sous-représentés, être dans un suivi régulier des avancées des projets du territoire, transformer les intentions en projet opérationnel, dans le but final de mettre en place des actions transformant en profondeur le système.
Les enjeux généraux autour de l'alimentation et de l'agriculture
L’enjeu de santé publique de la qualité de l’alimentation a un impact financier :
Plusieurs rapports font état d’une augmentation actuelle des probléma-tiques de santé liés à la qualité de l’alimentation : développement de dia-bètes liés à la présence forte de sucres dans l’alimentation quotidienne (+ 160 % de diabétiques en 20 ans), surpoids et obésité chez les jeunes et les adultes qui prennent un virage épidémique, présence de perturbateurs en-docriniens dans les aliments, augmentation de la part de produits ultra-transformés dans l’alimentation à domicile et hors domicile.Certaines études abordent également le lien entre cancer et alimentation ainsi que l’impact sur la santé de la qualité de l’eau et de l’air (437 captages d’eau potable abandonnés entre 2010 et 2021 en raison des nitrates et pesti-cides en France)
Ces différents enjeux relevés par des experts scientifiques et relayés par les pouvoirs publics dans diverses stratégies se heurtent à une forte pression de grands lobbys agroalimentaires empêchant la mise en place d’une dé-marche pédagogique de prévention des risques pour la santé. En effet, la consommation de produits ultra transformés est fortement encouragée : une grande partie des plus de 5,5 milliards d’euros de publicité et de com-munication du secteur agroalimentaire, en 2023, nous oriente sur des pro-duits trop gras, trop sucrés ou salés. 5,5 milliards, c’est plus de 1 000 fois le budget de communication du programme national Nutrition Santé, qui fi-nance des campagnes de sensibilisation comme le célèbre « 5 fruits et lé-gumes par jour ».
De plus, le coût pour la sécurité sociale est aujourd’hui « curatif », se cen-trant sur les impacts sur la santé des personnes alors qu’il pourrait être ré-duit et centré sur la prévention et l’accompagnement dans la modification des comportements des personnes. Dans les faits, nous dépensons au-jourd’hui 11,7 milliards d’euros, a minima, pour les maladies liées à notre mauvaise alimentation (obésité et diabète en particulier). Et la tendance est en forte hausse.
Un système agricole et alimentaire qui montre ses limites
Dans une optique de soutenabilité alimentaire et agricole, le système actuel montre ses limites : manque de reconnaissance financière du métier d’agriculteur (18% des agriculteurs se trouvent sous le seuil de pauvreté ne parvenant pas à tirer un revenu décent de leur travail, et il y a deux fois plus de risque de suicide que pour le reste de la population) et de renouvelle-ment des générations, dépendance aux énergies fossiles, risque d’effondrement de la biodiversité (avec par exemple la disparition de 30% des oiseaux des champs en quinze ans), impact du réchauffement clima-tique sur les pratiques.Les différentes menaces sont connues mais insuffisamment anticipées afin d’assurer d’une souveraineté alimentaire permettant de nourrir l’ensemble de la population, et dans de bonnes conditions pour tou.te.s. Le système ac-tuel de rentabilisation de la production agricole et alimentaire perçoit « le produit alimentaire » comme un produit comme un autre, sans le rattacher à une notion de produit essentiel à la survie de l’être humain, avec une va-leur marchande qui a un impact sur les choix des consommateurs et crée des inégalités.
L’augmentation de la précarité alimentaire et le format de l’aide alimentaire
Un système alimentaire et agricole qui voit « le produit alimentaire » comme marchand a des conséquences directes sur les personnes aux revenus les plus modestes, n’ayant pas les moyens de se nourrir correctement, ni en qualité, ni en quantité. 8 millions de Français se trouvent en insécurité ali-mentaire, et a minima 2 millions de personnes dont obligées de recourir à l’aide alimentaire pour se nourrir.Le système de l’aide alimentaire, mis en œuvre en première intention pour répondre à un besoin essentiel de tou.te.s montre aujourd’hui ses failles : un système basé sur les surplus de la grande distribution bénéficiant de déduc-tions fiscales pour leurs dons, le manque de dignité et la stigmatisation vé-cues par les personnes concernées, le manque d’accès à des produits frais bruts et à des repas équilibrés.
Les enjeux spécifiques en Iparralde
Un territoire transfrontalier et une culture du collectif
Le territoire Iparralde, avec son format spécifique de petites fermes, est en fait un territoire en lien avec d’autres territoires au Nord, à l’Est et au sud en Hegoalde. Il est habitué à faire avec d’autres territoires, afin de développer des synergies, des complémentarités, des échanges de pratiques et trouver des formats communs. Le modèle coopératif est un modèle historiquement présent et sur lequel les acteur·rices s’appuient naturellement dans le dévelop-pement des actions : la coopération et la co-responsabilité.Plusieurs structures de soutien à l’agriculture différentes :
Un important débat autour des modèles d'agriculture est présent sur le territoire. En Pays Basque, l’agriculture paysanne est promue et activement développée depuis plusieurs décennies par les associations du réseau Arrapitz et par EHLG.Focus sur deux structures de développement agricole :
- La Chambre d’Agriculture des Pyrénées-Atlantiques : ancrée dans le réseau officiel des chambres d’agriculture, elle agit au niveau départemental. En janvier 2025, se sont tenues dans toute la France les élections des membres de chambres d’agriculture. Ces élections, à l’échelle du département, qui se déroulent tous les six ans, permettent d’élire des représentant·es du monde agricole dans les différents collèges qui constituent les chambres d’agricultures. Leur rôle : apporter un soutien et des conseils aux agriculteur·rices dans leurs activités, tout en défendant leurs intérêts auprès des pouvoirs publics.
- L’association Euskal Herriko Laborantza Ganbara (EHLG) : EHLG a pour objet de contribuer au développement d’une agriculture paysanne et durable ainsi qu’à la préservation du patrimoine rural et paysan, dans le cadre d’un développement local concerté sur le territoire Pays Basque. Le positionnement et les missions d’EHLG sont définies par l’association elle-même. Elle offre une pluralité de services, pour accompagner les paysan·nes sur leurs fermes, et elle travaille au service des collectivités territoriales et des réseaux d'acteur·rices agricoles du Pays Basque.
Le maintien d’une articulation fine entre politiques publiques et socié-té civile : une urgence
Dans son histoire, le Pays Basque a eu besoin de réunir l’ensemble des « forces vives » du territoire - élu·es, institutions et société civile - afin de se mettre autour de la table et répondre, en commun, aux problématiques ur-gentes du territoire. Cette histoire, beaucoup de structures et de collectifs en sont issues : des temps de création de compromis pour trouver des solutions sur le territoire et sortir d’impasses. Aussi, les politiques publiques et la société civile sont habitués à travailler dans une concertation fine, avec bien sûr des débats et des oppositions mais en ayant conscience de la nécessité du consensus. Plusieurs politiques publiques ont fait l’objet de débat et de concertation (SCOT, PNR, PAT) en amont de leur définition. Les acteur·rices expriment le souhait d'être également associé·es dans les phases opérationnelles.Dans un contexte de crise agricole, de radicalisation des positions nationales, de risque de repli sur soi, s’appuyer sur cette culture de la concertation est un gage de recherche de réponses justes, adaptées et opérationnelles pour les personnes concernées par les sujets.
- Etat des lieux avec les membres du CDPB
- Azoka à Lurrama
- Atelier d’écriture à Lurrama
- Questionnaire autour de l’agriculture et / ou de l’alimentation[https://iparralde2040.org/?5QuestionnaireAutourDeLagricultureEt
- Atelier au Secrétariat général à la Transition Energétique et à la Planification Ecologique de la CAPB (technicien·nes)
- Atelier avec les élu·es de la Commission Transition Ecologique et Energétique de la Communauté d’Agglomération Pays Basque
- Animation auprès du Comité partenarial Plan Climat – CAPB
- Atelier avec les salarié·es d’EHLG
- Atelier à l’assemblée plénière d’EHLG
- Rencontre avec les acteur·rices de l’alimentation et de l’agriculture
- Colloque transfrontalier sur l’alimentation
- Compilation des travaux du Conseil de Développement du Pays Basque (2024)
- Etude "L'écosystème alternatif du Pays Basque français"
- Etude "Pluralisation des systèmes agricoles"
- La précarité alimentaire en Pays Basque – Observatoire des précarités du Pays Basque (2023)
- Politique agriculture et Alimentation – CAPB (2025)
- Agricultures Pays Basque – Chambre d’Agriculture Pyrénées-Atlantiques (2021)
- L’injuste prix de notre alimentation – Quels coûts pour la société et la planète ? – Secours Catholique, Réseau CIVAM, Solidarité Paysanne, Fédération Française des Diabétiques (2024)
- Souveraineté alimentaire, un scandale made in France – Terre de liens (2025)
- Projet de stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat 2025 /2030 – Gouvernement français (2025)
- Scénario Afterres 2050 – Solagro (2016)
- Pour une agriculture bas carbone, résiliente et prospère – Shift Project (2024)
- Vers la résilience alimentaire, faire face aux menaces globales à l’échelle des territoires – Greniers d’abondance (2020)
- Qui veille au grain ? Sécurité alimentaire : une affaire d’Etat – Greniers d’abondance (2022)
- Ultra-Processed Foods and Human Health 2 – The lancet – 18/11/2025
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