Vivre à la frontière avec et sans frontière


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La frontière ressort comme un sujet phare concernant Iparralde : que ce soit pour témoigner des vies singulières et diverses à la frontière entre entraves et opportunités qu’elle génère ; pour alarmer sur la crise de l’accueil et les violences dans laquelle toute l’Europe est immergée ; pour mettre en place des projets transfrontaliers ; pour souligner la continuité linguistique et culturelle existante de part et d’autre de la frontière, voire pour revendiquer un territoire et une nation non reconnus… toutes ces réalités parlent de frontière et de ce qu’elle fait. C’est avec cette approche que nous proposons d’envisager la thématique dans cette fiche.

On ne vit pas dans un monde sans frontière comme on peut être amené·e à le penser parfois, en faisant référence à la mondialisation et à Schengen. Y compris en Europe et donc sur le territoire qui nous concerne, la frontière est bien présente et elle fait sens, c’est un sujet pour les habitant·es.

La question est traitée au Conseil de développement depuis longtemps et elle n’a pas échappé à l’exercice de prospective Iparralde 2040. Au croisement des éléments recueillis tout au long de la démarche par le groupe de travail « Frontière(s) et transfrontalier(s) » du Conseil de développement du Pays Basque, du projet MUGALUR soutenu par l’Eurorégion NAEN, en partenariat avec l’association Cederna-Garalur et l’Université du Pays Basque (EHU-UPV) ainsi que des travaux et productions réalisés par les acteur·trices du transfrontalier et par des chercheur·es d’ici et d’ailleurs, nous vous proposons cette fiche, qui établit un lien entre l’ensemble de ces contributions.

Le projet MUGALUR, porté depuis fin 2023 par le Conseil de Développement du Pays Basque en partenariat avec l’association Cederna-Garalur en Navarre et l’Universidad del País-Vasco – Euskal Herriko Unibertsitatea et financé par l’Eurorégion NAEN, a pour but de créer des espaces d’échanges transfrontaliers rassemblant habitant·es, chercheur·es et artistes. Des ateliers de cartographie, de prise de sons, des séminaires, colloques, des projections-débats… : autant de rendez-vous donnés pour partager ses propres témoignages, réfléchir collectivement et tenter de proposer de nouveaux imaginaires de la frontière. Le projet est toujours en cours actuellement. Plus d’infos et accès aux créations réalisées sur le site du projet : www.mugalur.eus

UN QUESTIONNAIRE BILINGUE AU GRAND PUBLIC : « LES FRONTIERES EN 2040 »
Entre juin et octobre 2025, dans le cadre de la démarche Iparralde 2040, le groupe de travail « Frontière(s) et transfrontalier(s) » du Conseil de développement du Pays Basque a déployé un questionnaire sur ses réseaux à l’attention des habitant·es du territoire. Composé de questions ouvertes, au total 45 personnes ont répondu à cette enquête constituée de questions ouvertes. L’analyse effectuée par la suite par les membres du groupe de travail en dialogue avec l’équipe technique est disponible.
UNE ENQUETE AUPRES DES ACTEUR·TRICES DE LA COOPERATION TRANSFRONTALIERE
16 interviews de structures portant des projets transfrontaliers ou agissant à cette échelle ont été réalisées par les membres du groupe de travail « Frontière(s) et transfrontalier(s) » du Conseil de développement du Pays Basque entre juin et septembre 2025. Le groupe a produit une analyse approfondie de ces rencontres.

Une frontière vécue


Une frontière définit des États et se matérialise par une ligne arbitraire inscrite dans l’espace. Pourtant, lorsque l’on se tourne vers le quotidien des habitant·es,
la frontière cesse d’être une simple démarcation : elle devient un espace familier, traversé, contourné, parfois même oublié. Les premiers mots qu’ils·elles lui associent évoquent autant des lieux concrets Hendaye, Irun, Biriatou que des notions de proximité, de passage ou de limite, révélant une réalité profondément vécue. Pour beaucoup, la frontière est avant tout un environnement pratique, un repère de mobilité, un espace que l’on fréquente souvent et qui fait partie de la routine.

Les acteur·rices du territoire confirment cette perception : ils·elles décrivent un espace transfrontalier dense, multilingue, culturellement continu, où les circulations et les interactions tissent des liens quotidiens malgré les contraintes administratives et les asymétries juridiques. Habitant·es comme acteur·rices parlent d’une frontière parfois “mentale”, plus que physique, qui se franchit par habitude, pour nouer des relations ou pour des pratiques concrètes, tout en continuant d’imposer ses règles et ses obstacles.

Ainsi,
vivre à la frontière, c’est vivre avec et sans frontière à la fois : avec ses limites administratives, linguistiques ou sociales, mais sans le sentiment d’une rupture nette dans les usages et les imaginaires. Cette double perception invite à considérer la frontière non comme une simple limite, mais comme un véritable espace de vie, de relations et de projections, où se construisent des identités multiples et des possibles communs.

Les données issues du questionnaire confirment cette vision : la grande majorité des répondant·es se disent proches ou très proches de la frontière, qu’ils·elles associent spontanément à des lieux précis (« Hendaia/Irun », « Biriatou »), à la circulation et au passage. La frontière apparaît ainsi avant tout comme un espace vécu, familier, et non comme une abstraction administrative.

Ces perceptions habitantes rejoignent les constats des acteur·rices des projets transfrontaliers, qui décrivent elleux aussi la frontière comme un espace de vie dense et quotidien, un territoire multilingue et culturellement continu qu’il faudrait rendre encore plus familier dès le plus jeune âge.

Dans le cadre du projet Mugalur, des ateliers de cartographie ont permis de récolter 124 cartes et témoignages d’habitant·es des espaces frontaliers qui renvoient à la multiplicité des vécus à la frontière. Suite à ce travail, une carte représentant une frontière plus épaisse et vécue, habitée par des personnes qui la traversent ou l’investissent a été proposée dans une gazette en travaillant avec des illustrateur·rices. Une tentative pour donner à voir cette singularité de la vie à la frontière.

De l’espace proscrit à l’espace prescrit


Avec les accords de Schengen et le Traité de Bayonne dans les années 90, la frontière franco-espagnole a changé de visage. Le contrôle systématique a disparu au profit de la libre circulation et de la coopération transfrontalière. La géographe Vélasco-Graciet parle du passage de « l’espace proscrit » à « l’espace prescrit »,
un territoire désormais promu comme lieu de paix et de coopération.

Mais cette sur-institutionnalisation complexifie les dynamiques locales : la coopération devient un labyrinthe administratif, souvent éloigné du vécu des habitant·es. Loin d’être acquise, la coopération transfrontalière se construit au quotidien.

Les difficultés perçues par les habitant·es se retrouvent presque identiques dans les entretiens : nombre d’acteur·rices évoquent une “opacité des règles du jeu”, des contraintes juridiques fortes ou des freins linguistiques persistants, confirmant que ces limites structurent profondément le vécu transfrontalier.

Pour creuser ces questions, le document d’analyse des entretiens réalisés avec des acteur·rices de la coopération transfrontalière sur le territoire permet de comprendre quelles sont les opportunités et, au contraire, les difficultés auxquelles ils·elles font face aujourd’hui. Il permet de situer la coopération transfrontalière sur cette frontière.

Passer à « l’espace prescrit » signifierait que vivre dans un espace transfrontalier pourrait dorénavant être facile. Dans le cas basque, on pourrait voir l’opportunité de reconnaissance d’un espace commun, d’une langue commune et la prolifération de projets transfrontaliers donc.

Or, ce qui est constaté dans l’ensemble est l’inverse.
Un manque de relations transfrontalières, voire d’intérêt pour les voisin·es, une population à la frontière qui se montre indifférente à la vie à la frontière. La géographe Velasco-Graciet parle de « banalisation territoriale » : pour les populations locales, les relations transfrontalières ne sont plus privilégiées comme autrefois, comme faisant partie de leur territoire de sociabilité communautaire.

Les réponses au questionnaire illustrent cette tension : si certain·es expriment une circulation déjà fluide, beaucoup identifient des limites territoriales, administratives ou sociales qu’ils·elles aimeraient encore franchir. Les émotions associées à la frontière oscillent entre acceptation et intérêt, mais aussi appréhension ou contrariété, montrant que la sur-institutionnalisation ne s’efface pas dans les pratiques quotidiennes.
La Mission Opérationnelle Transfrontalière (MOT), association créée en 1997 par le gouvernement français, afin de fédérer les acteur·rices de la coopération transfrontalière aux frontières françaises pour juger de la vitalité d’une vie à la frontière, regarde les chiffres des travailleurs transfrontaliers et travailleuses transfrontalières. Au Pays Basque, l’Eurorégion NAEN en comptabilise plus ou moins 4.000, un chiffre relativement bas en comparaison avec d’autres frontières. Cela peut aisément s’expliquer avec la différence de niveau de salaires qui peut exister entre la France et la Suisse par exemple et qui y rend la mobilité transfrontalière attractive.
Ainsi, les espaces frontaliers du Pays Basque vivent au cœur de
multiples contradictions : entre sentiment de proximité avec la frontière et impression d’éloignement vis-à-vis des habitant·es de l’autre côté, une volonté de nouer des relations et un désintérêt croissant etc. Un bilan mitigé donc entre les attentes de la coopération transfrontalière et les réalités vécues.

UNE ÉTUDE COMPARATIVE INTÉRESSANTE

Une récente étude a été réalisée par plusieurs chercheur·es sociologues (Garance Clément, Alexis Gumy, Ander Audikana, Guillaume Drevon, Vincent Kaufmann, Laurie Daffe) en comparant les sociétés frontalières de trois périmètres différents : celui de l’Eurocité basque comprenant la côte basque, depuis Bayonne jusqu’à Donostia ; celui du Grand Genève ; enfin, celui de l’Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai. Cette étude montre qu’il y a un décalage entre l’idéal européen promu dans les régions frontalières considérées comme des laboratoires européens et le vécu des populations, qui se sentent éloignées de cette institutionnalisation de la vie à la frontière, qui ne connaissent pas nécessairement les projets en cours et qui n’ont pas de sentiment d’appartenance à un territoire qui serait transfrontalier. Ce constat est généralisé aux trois territoires étudiés. Ils·elles décrivent un mécanisme social d’indifférence et de « différenciation dépassionnée » comme forme relationnelle de ces espaces frontaliers. Pour eux·elles, plus que de mobilité transfrontalière, il faudrait parler d’intégration transfrontalière : « l’intensification des passages d’une frontière ne saurait, à elle seule, garantir une plus grande cohésion sociale ». Ils·elles préconisent de mener des politiques d’intégration donc.

Une frontière pas tout à fait comme les autres ?

Le Pays Basque illustre une continuité culturelle et linguistique qui dépasse la frontière. La langue basque, les réseaux associatifs et éducatifs comme les Ikastola, Udalbiltza ou Eusko Ikaskuntza incarnent cette unité. Vélasco-Graciet parle volontiers d’une identité locale forte qui est motrice au moment de dessiner de nouvelles territorialités au-delà de la frontière. Elle écrit : « la frontière n’est ni rupture, ni lien, elle n’est plus ».

Les réponses collectées par questionnaire au sujet de l’identité apportent un éclairage complémentaire : de nombreux·euses participant·es se définissent comme Basques, ou Basques et Européens, tandis que la frontière est souvent décrite comme « mentale » plutôt que matérielle. Le territoire souhaité en 2040 est fréquemment pensé comme un ensemble continu incluant Euskadi et parfois la Navarre, ce qui confirme la permanence d’un imaginaire territorial partagé de part et d’autre de la frontière.

Parler des questions de frontières et de coopération transfrontalière renvoie également à la question de la revendication d’une reconnaissance identitaire et linguistique, voire institutionnelle, du Pays Basque, autrement dit à une lutte, à une voix qui tente de se faire entendre comme nombre de nations sans États à travers le monde. Ainsi, pour nombre d’habitant·es d’Iparralde comme d’Hegoalde, la frontière est symbole de blessure ou de violence, dans la mesure où elle cristallise un rapport de domination à l’œuvre depuis des siècles.

L’auteur Eneko Bidegain explicite cette réalité de division, très forte aujourd’hui alors que la liberté de circulation pourrait faciliter les choses. Selon lui, les références culturelles sont fortement influencées par les États-nations qui ont cherché à créer des nations homogènes, au moins dans le cas français en créant un éloignement culturel entre les Euskaldun d’Iparralde et les Euskaldun d’Hegoalde. Il analyse toutes les expressions de cette
nation empêchée et soumise à un rapport de domination qui renforce la frontière.

Par le vocabulaire utilisé, les conceptions spatiales et les représentations cartographiques auxquelles on se réfère, les habitudes quotidiennes de mobilité, etc., tout cela confère à renforcer ou au contraire, annuler la frontière. Observer les vécus à la frontière nous permet de comprendre
la dimension construite des frontières et notre capacité à les (dé)faire.

Les ateliers Mugalur ont permi d’explorer ces vécus : sur les cartes réalisées par les habitant·es, une bonne partie des participant·es pointe du doigt l’absence de frontière dans sa conception spatiale, alors que cette ligne est vécue comme une entrave pour vivre au quotidien l’identité basque. Les participant·es expriment pourtant un rapport fluide, naturel et un attachement symbolique au territoire transfrontalier, où les pratiques quotidiennes créent des continuités inattendues.

Ces représentations sont cohérentes avec les résultats du questionnaire : certain·es habitant·es souhaitent franchir davantage de limites – notamment administratives ou linguistiques – pour vivre plus pleinement un espace transfrontalier, tandis que d’autres expriment le besoin de préserver certaines limites sociales ou identitaires. La frontière apparaît tour à tour comme un espace d’ouverture, de rencontre et de liberté, ou au contraire comme un lieu d’obstacle ou d’appréhension, selon les trajectoires individuelles.

Selon l'anthropologue navarrais José Antonio Perales Díaz , contrairement à d’autres frontières, au Pays Basque, elle a la capacité de faire lien dans la mesure où les acteurs locaux et actrices locales la resémantisent afin d’en faire le lieu par excellence du lien au moment de passer du
hard border au soft border. Il met en avant le vivre-ensemble et la volonté, notamment des zones de montagne, de défendre un mode de vie commun de part et d’autre avec des systèmes de production similaires. Il l’analyse comme une façon de résister au mouvement de globalisation et d’homogénéisation culturelle. La frontière n’est pas absente, il n’y a pas de volonté de l’annuler, mais sa capacité à mettre en lien permettrait de revendiquer un mode de vie local ne s’arrêtant pas à la frontière. Ainsi, selon lui la mise en relation n’a rien à voir avec la question identitaire et la revendication linguistique. Selon l’auteur, elle peut faire lien sans pour autant revendiquer une nation.

Selon le point de vue adopté, les revendications politiques ou encore les capacités linguistiques de chacun·e, le sens donné au lien que permet la frontière n’est pas le même, mais il est incontestable de souligner cette capacité à mettre en lien, très forte au Pays Basque.

Frontière accueillante ?


Mais
toutes les vies à la frontière ne se valent pas. Certaines sont autorisées à la traverser, d’autres en sont exclues. À Irun, le pont Santiago illustre ce paradoxe : des centaines de personnes arrivent après un long voyage souvent teinté de souffrances et de violences, à Irun afin de passer la frontière et continuer leur voyage. Ces personnes ne sont pas désirées, elles ne sont pas autorisées à passer la frontière. Pendant que certain·es passent tous les jours le pont, d’autres rêvent de la passer et s’il·elles parviennent, sont souvent renvoyé·es en arrière. La présence policière, le contrôle, des corps qui errent, dans l’attente, la fuite sont autant d’éléments de l’ambiance frontalière ressentie aujourd’hui aux abords de la Bidasoa et qui renvoient à la circulation souvent contrainte de milliers de personnes dans le monde, à la recherche de vies meilleures.

Le sociologue Ignacio Mendiola décrit cette réalité de la Bidasoa dans son travail et utilise deux images pour comprendre ce qui se joue en termes de relations : celle de la chasse mettant en lien les forces de l’ordre et les personnes migrantes et celle de la danse reliant plutôt les réseaux de solidarité aux personnes migrantes. Il essaie d’expliciter cette « atmosphère » qui est vécue à la frontière.

Se poser la question de la frontière, c’est également vivre aux côtés de ces personnes qui tentent de passer, ainsi que des personnes qui montent la garde :
la frontière n’est ni ouverte, ni fermée selon la géographe française Anne-Laure Amilhat-Szary, elle filtre.

Parler de coopération transfrontalière ou bien de crise de l’accueil, ce sont des enjeux d’une même réalité, celle de la frontière. Elles ne sont pas à séparer, puisque les deux rendent compte de cette capacité de filtre de la frontière : en la rendant souhaitable pour certain·es et violentes pour d’autres, établissant une limite claire entre les personnes désirées et les personnes non-désirées dans nos sociétés aujourd’hui. La frontière est donc symptomatique aujourd’hui et nécessite de penser à de nouvelles formes, moins excluantes et moins violentes. Comme l’écrit Amilhat-Szary : « la frontière ne parle pas de l’Autre, […] elle nous dit des choses essentielles sur nous-mêmes ». La violence qui s’y passe renvoie ainsi au fondement du fonctionnement sociétal et penser de nouvelles formes de frontière, c’est penser un nouveau visage sociétal en partie.

Un monde de frontières

La frontière est partout et elle s’intensifie ces dernières années. Depuis l’entrée dans l’ère de la mondialisation, il n’y a jamais eu autant de kilomètres de frontières étatiques : - Depuis 1991, 27.000 km de frontières sont créés à la suite de la chute du mur de Berlin .
- En 2016, on compte 252.000 km de frontières internationales terrestres .
- Les frontières concernent beaucoup d’habitant·es de cette planète. C’est l’enjeu du passage qui est à l’ordre du jour : se mouvoir sur cette planète peut s’avérer être une véritable expérience éprouvante, voire mortelle. Les frontières tuent. Selon les passeports, entre 28 et 173 pays s’ouvrent à nous sans visa préalable .
Le capitalisme fonctionne sur le différentiel et produit de la richesse sur ce différentiel créé. Or, pour différencier, il faut des frontières. Il n’a donc jamais été question de disparition des frontières, pas même au sein de l’espace Schengen.


Horizon 2040 : vers une frontière de confiance ?


Selon ce qu’on regarde, ce qu’on prend en compte, dire que les relations transfrontalières sont fortes ou non peut varier. Il y a une multitude de façons de vivre la frontière. Les histoires individuelles, familiales, les capacités linguistiques, les habitudes quotidiennes et bien d’autres facteurs expliquent cette
diversité de vies à la frontière. Il est ainsi possible de vivre sur une même commune frontalière d’Iparralde et avoir deux vies opposées, entre celui ou celle qui passe tous les jours la frontière pour aller travailler, dont le conjoint ou la conjointe est de l’autre côté, dont un parent est originaire de l’autre côté et celui ou celle qui ne parle ni basque, ni espagnol, qui n’a jamais eu d’habitude d’aller en Pays Basque Sud, et qui se voit limité·e dès qu’il·elle passe la frontière. Ce sont des profils, certes caricaturaux, qui existent et peuvent tout à fait cohabiter dans un même immeuble ou quartier. Chercher à savoir si les relations transfrontalières ont diminué ou se sont développées n’est donc sans doute pas ce qui importe. La frontière a changé de forme et avec cela, influence différemment les vies des habitant·es, certes, mais mesurer les relations dépend du point de vue choisi pour les observer. Le caractère mouvant et dynamique de notre territoire est mis en avant en portant le regard sur les vies à la frontière en réalité.

Les projections exprimées par les participant·es au questionnaire convergent avec cette interrogation : beaucoup imaginent une frontière plus fluide, davantage fondée sur la confiance et moins sur les contraintes administratives. L’optimisme, l’intérêt et la volonté d’une continuité territoriale transparaissent nettement dans leurs réponses, laissant entrevoir un horizon où la frontière serait moins un filtre qu’un lien.

Pour aller plus loin sur les propositions des frontières en 2040, voir l’analyse complète du questionnaire.

Ces attentes des habitant·es rejoignent les pistes d’action proposées par les acteur·trices du territoire, qui appellent à un “droit à l’expérimentation transfrontalière”, à des outils communs (guichet unique, gouvernance partagée) et à une intensification des mobilités de proximité, dessinant ensemble l’image d’une frontière basée sur la confiance pour 2040.
Pour aller plus loin sur les propositions des acteur·trices de la coopération transfrontalière, voir l’analyse complète sur la plateforme Iparralde 2040.

Une frontière basée sur la confiance est-elle imaginable pour 2040 ? Une frontière qui ne trie pas et qui n’exclut pas ? Quel projet pour le territoire transfrontalier ? Des questions qui nécessitent d’être posées pour dessiner un avenir pour les vies à la frontière et que le Conseil de Développement prendra à bras le corps pour continuer ce travail et dessiner sa feuille de route.


Documents ressources Iparralde 2040 :
- Document d’analyse du questionnaire grand public réalisé par la Commission « Frontière(s) et Transfrontalier(s) » du CDPB
- Document d’analyse des entretiens réalisés auprès d’acteur·trices de projets transfrontaliers par des membres de la Commission « Frontière(s) et Transfrontalier(s) » du CDPB

Ressources scientifiques :
AMILHAT SZARY A.-L., 2015, Qu’est-ce qu’une frontière aujourd’hui ?, 2015e édition, Paris, Presses Universitaires de France, 160 p.

AMILHAT SZARY A.-L., 2022, Géopolitique des frontières. Découper la terre, imposer une vision du monde, Paris, Le Cavalier Bleu, 214 p.

AMILHAT-SZARY (DIR.), A.-L., FOURNY (DIR.), M.-C., 2006, Après les frontières, avec la frontière: nouvelles dynamiques transfrontalières en Europe, Paris, Ed. de l’Aube (Monde en cours / Bibliothèque des territoires), 169 p.

BIDEGAIN E., 2018, Lurraldea eta herria. « Zazpiak bat ». Atzo, gaur, bihar, Iruña, Pamiela, 270 p.

CLEMENT G., GUMY A., AUDIKANA A., DREVON G., KAUFMANN V., DAFFE L., 2023, Sociétés frontalières. Une enquête sociologique au coeur de trois espaces frontaliers européens, EPFL PRESS, Lausanne, 214 p.

FOUCHER M., 2016, Le retour des frontières, Paris, CNRS Editions, 58 p.

MENDIOLA I., 2023, La danza de las luciérnagas. Vivir, pasar y morir en la frontera del Bidasoa, Iruña, Katakrak Liburuak, 278 p.

PERALES DIAZ J.A., 2024, « Festive Leisure and Rural Sport in the Basque Mugak: Sare and Extalar Cases », Journal of Borderlands Studies, p. 1 19. https://doi.org/10.1080/08865655.2024.2394048
VELASCO-GRACIET H., 2006, « Le destin rebondissant des zones frontalières, d’espaces proscrits en espaces prescrits » in AMILHAT-SZARY (DIR.), A.-L., FOURNY (DIR.), M.-C., 2006, Après les frontières, avec la frontière: nouvelles dynamiques transfrontalières en Europe, Paris, Ed. de l’Aube (Monde en cours / Bibliothèque des territoires), pp.71-84.


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