Les associations, piliers du développement du territoire, clé de voûte de la démocratie


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Le secteur associatif en France fait face à une crise profonde, caractérisée par des évolutions structurelles qui tendent à le fragiliser. Les signaux d’alarme sont renvoyés depuis plusieurs années par les acteur·rices de terrain, et exprimées de manière récurrente par les partenaires et participant·es des travaux d’IPARRALDE 2040. En 2025, le Conseil économique, social et environnemental (CESE), le CESER Nouvelle-Aquitaine, l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains, la Ligue des droits de l’Homme et le Mouvement associatif ont également tous alerté sur l'urgence de renforcer le financement des associations, et soulignent combien la bonne santé des associations est un enjeu fondamental pour la démocratie.
La principale menace qui contraint le secteur associatif est certainement la détérioration du modèle économique des associations, notamment celles employeuses, et les citoyen·nes identifient en ateliers « le manque de financements pour les associations » comme une de leurs peurs pour l’avenir. En effet, la part des subventions publiques dans les ressources des associations a diminué de manière drastique, passant de 34 % en 2005 à 20 % en 2020. Les baisses et refus de subventions concernent particulièrement les aides de l’État (66 %), des Départements (57 %) et des Régions (50 %).

« Pour 2040, aucune visibilité : comment voulez-vous vous projeter si loin quand les pouvoirs publics vous suppriment les subventions ? »
- le président de la Banque alimentaire de Bayonne et du Pays Basque.

Si les subventions publiques finançaient principalement le fonctionnement des associations, elles sont désormais remplacées par des appels à projet souvent de courte durée. Ces évolutions interviennent dans un contexte de fragilité économique accrue, qui a mis à nu les difficultés du secteur associatif. « Le désengagement actuel et à venir des pouvoirs publics avec une baisse drastique des subventions nous font craindre le pire », comme le signale le président de la Banque alimentaire de Bayonne et du Pays Basque, et « le mythe du soutien par des mécènes privés ne ruisselle pas jusqu’en bas de la pyramide », fait remarquer PSL64.
Ainsi, selon l'enquête menée en mars 2025 par Le Mouvement associatif, le Réseau National des Maisons des Associations (RNMA) et Hexopée, un cinquième des associations (un tiers dans le cas des associations employeuses) signale moins de trois mois de réserve de trésorerie, et 69 % des associations employeuses déclarent, en mars 2025, que leurs fonds propres sont fragiles ou nuls.

La généralisation des appels d’offres et des marchés publics s’accompagne d’une lourdeur administrative et d’une perte de sens qui contribue à une crise de l'engagement des bénévoles. Les associations risquent de s’écarter de leur cœur de mission pour s’adapter aux demandes des financeurs, ce qui « affaiblit l’effectivité de la liberté d’association ». Cette tendance est, selon le CESE, « une lame de fond susceptible de remettre en question l’existence même du statut associatif ».
Sur le plan politique, d’après l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains, l’Observatoire des libertés associatives, le Collectif des associations citoyennes et le CESE, l’introduction du Contrat d’Engagement Républicain en 2021 instaure de nouveaux outils de contrôle et de sanction, en conditionnant l'attribution de subventions au respect de certains principes. Il « participe d’une rupture de confiance envers les acteurs associatifs et crée un effet dissuasif, à la fois sur les associations contraintes d’adapter leurs discours ou leurs activités dès lors qu’il est craint que ceux-ci soient perçus comme indésirables, mais également sur les collectivités locales qui souhaiteraient éviter d’entrer en conflit avec la préfecture. En résulte une véritable "mise au pas idéologique de tout le tissu associatif français" », rapporte l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains.

La fragilisation du monde associatif risque d’avoir des conséquences dévastatrices sur l'ensemble de la société, en touchant à la fois la cohésion sociale dans les territoires et le fonctionnement démocratique.


La médiation comme passerelle entre culture et information

Dans plusieurs ateliers, la médiation culturelle et sociale apparaît comme un outil de transmission et de confiance. Qu’il s’agisse de culture, d’éducation ou de santé, le rôle de la médiation est perçu comme essentiel pour relier les publics aux réalités du territoire.

« Ce qui me gêne aujourd’hui, c’est que les associations soient uniquement rapportées à des rôles de "prestataire de services" et non à des forces de propositions pour les politiques publiques. »
- participant·e à un atelier IPARRALDE 2040 à Saint-Pée-sur-Nivelle.

En effet, les associations agissent comme des auxiliaires de l’État et des collectivités essentiels dans la mise en œuvre de politiques publiques (aide alimentaire, hébergement, insertion, culture, sport). « Débordées sur le terrain » à cause des « budgets en baisse », comme évoqué lors d’ateliers IPARRALDE 2040, elles ne parviennent plus à assurer leurs missions.
Ainsi, 28 % des associations ont déclaré diminuer leur activité selon l'enquête menée en mars 2025 par Le Mouvement associatif, le Réseau National des Maisons des Associations (RNMA) et Hexopée.

Cette diminution d’activités a des impacts directs sur la réalité des territoires et de leurs habitant·es, tout particulièrement en milieu rural où elles pallient plus encore le manque de moyens des services publics, voire s'y substituent.

« À l'heure où la démocratie connaît une crise aiguë, où la désaffiliation électorale s'approfondit à chaque scrutin ou presque, il n'est pas certain qu'on puisse se passer du rôle d'intermédiation, d'éducation populaire ou de socialisation à l'engagement que jouent les associations depuis des décennies. Vouloir réduire les associations à de simples prestataires de services, c'est faire le choix de fragiliser un peu plus notre système démocratique. »
- Julien Talpin, directeur de recherche en science politique au CNRS et Cécile Rodrigues, ingénieure d’études au CNRS.

Le CESE, dans son rapport Mieux reconnaître la contribution d’intérêt général et améliorer les modalités de leur soutien public : une urgence démocratique, souligne que « les associations œuvrent notamment à créer du lien social et ont un rôle fondamental pour que vive la démocratie au quotidien, bien commun si précieux et si fragile, à travers l’engagement citoyen de millions de bénévoles et l’investissement professionnel de milliers de travailleuses et de travailleurs ».

« Ce qui caractérise [les associations], c’est bien leur diversité à la fois dans leur taille, leur poids, leur secteur d’activité, le poids de leur bénévolat et / ou de leur emploi. Il est donc prudent de ne pas généraliser. Ce qui les unit à l’évidence, c’est l’envie de s’associer librement, de défendre une cause, d’animer un village, un quartier, parfois une rue, de créer du lien entre les personnes […]
Au-dessus de tout, ce qu’il convient de souligner à leur égard et qui est trop souvent méconnu et / ou éludé, c’est la force de l’intérêt général collectif, de la gestion désintéressée, de l’absence de partage des bénéfices financiers mais plutôt le partage des effets positifs de leur action au bénéfice de ce que l’on appelle l’utilité sociale », rappelle PSL64, qui assure entre autres la fonction de centre de ressource et d’information des bénévoles et porte le Dispositif Local d’Accompagnement à destination des association, en Pays Basque et en Béarn.

Les menaces qui planent aujourd’hui sur le secteur associatif impactent donc directement la fonction démocratique de la société civile et ces bénévoles et professionnel·les, rencontré·es pendant Iparralde 2040, s’inquiètent du « contexte général, qui fragilise à la fois les individus, les associations, le tissu économique, les institutions et les collectivités ». Iels projettent pour 2040 des souhaits de « soutenir les associations et les collectifs […] les lieux de création et de lien social », d’« aider les associations qui font de l’intermédiation ».

« Le système dans son ensemble en est profondément déstabilisé et pourrait, à terme, s’effondrer. Dans cette situation, il devient difficile de se projeter vers l’avenir mais, une chose est certaine, il faudra être innovant.
- une représentante du collectif des centres sociaux et des EVS du Pays Basque.

L’urgence de consolider, soutenir, renforcer le secteur associatif est bien identifiée par les citoyen·nes d’Iparralde. Face à cela, iels indiquent clairement que « le monde associatif et l’ESS représentent un « espoir pour 2040 », en affirmant leur désir de « maintenir le tissu associatif » très dense du territoire ainsi que « les dynamiques de mobilisation citoyenne et associative, et militantes », et de « développer la collaboration associative et institutionnelle » en intégrant les associations (et les citoyen·nes) dans les prises de décision.

Oui, les associations comptent !


À l'échelle nationale, les associations ont un poids économique considérable :
  • La contribution des associations au PIB représente 3,5 % de la valeur ajoutée du pays.
  • En 2018, le budget cumulé des associations s’élevait à 125,3 milliards d’euros. Ce montant est de 10 à 11 milliards en Nouvelle-Aquitaine.
  • En 2021, la masse salariale brute totale versée aux salarié·es des associations s'élevait en France à 42,7 milliards d’euros. Cela représente 6,7 % de la masse salariale du secteur privé, tandis que les effectifs salariés représentent 8,9 % de l’ensemble du secteur privé.
Au niveau du département des Pyrénées-Atlantiques :
  • 23.125 personnes salariées dans les associations employeuses, elles-mêmes au nombre de 2.030.
  • L'emploi associatif représente 11,1 % des effectifs salariés de l’ensemble du secteur privé.
  • Plus d’un emploi associatif sur deux relève du secteur social (57,6 %), une proportion plus importante qu'au niveau national (48,6 %).
Au-delà du seul prisme de l’économie et de l’emploi, il faut également prendre en compte toutes les associations qui portent dans les territoires des sujets, des services et des enjeux qui sont fondamentaux et structurants : lien social, défense de droits et de causes, soutien aux publics précaires, culture, langue, formation et éducation populaire, sport, santé… Toutes assurent un rôle d’intérêt général et de cohésion sociale, notamment en zone rurale où elles remplissent des fonctions sociales et culturelles qui n’y seraient autrement pas assurées.

Le poids et la diversité du tissu associatif en Iparralde


Les associations jouent un rôle central dans le quotidien des habitant·es d’Iparralde, en maillant le territoire par des initiatives qui créent du lien social, facilitent l’accès à des services essentiels et répondent aux besoins de toutes les populations. Et ce, quels que soient l’âge, la situation sociale ou le lieu de vie des personnes qui se tournent vers elles.
Elles agissent sur de nombreux pans de notre vie quotidienne.
  • santé : centres de soins, permanences, actions de prévention et de soutien psychologique, accompagnement à l’accès aux soins… ;
  • petite enfance : crèches, relais d’assistant·es maternel·les, espaces parents-enfants… ;
  • personnes âgées : EHPAD, résidences autonomie, services d’aide à domicile, portage de repas… ;
  • social : centres sociaux, structures d’accueil d’urgence, permanences d’accompagnement administratif et juridique, colonies de vacances… ;
  • culture : compagnies et collectifs d’artistes, salles de diffusion de spectacles, musées, festivals, comités des fêtes, cours de langues, de musique et de danse… ;
  • économie : centres d’appuis aux entreprises, accompagnement des entrepreneur·euses, lancements et incubation de projets…
  • agriculture et alimentation : soutien à l’agriculture paysanne, actions pour la préservation des terres agricoles, jardins partagés, épiceries solidaires ;
  • nature et environnement : gestion et protection de sites naturels, centres de soins aux animaux, protection des animaux domestiques, actions de sensibilisation, protection des zones humides… ;
  • sport et loisirs : cinémas, clubs de sport, ludothèques…

Quelques exemples de structures que vous pouvez croiser au quotidien :


Mission Locale Pays Basque : elle accueille les jeunes dans 33 permanences, sur les 158 communes du Labourd, de Basse Navarre et de Soule. En 2024, ses 70 salarié·es ont permis d’accompagner 3.659 jeunes sur leur accès à l’emploi ou à la formation, leur orientation et leur projet professionnel, sur le logement, la santé…

Atherbea : l’association est le principal opérateur social privé du Pays Basque et emploie 180 salarié·es. Labellisée Centre d’Hébergement et de Réinsertion Locale, elle assure des missions d’accueil, d’hébergement et de réinsertion sociale des personnes en détresse.

Banque alimentaire de Bayonne et du Pays Basque : en 2024, elle distribue 2.600.000 repas via une quarantaine d’associations, à 13.000 bénéficiaires dont les profils sont très variés et témoignent d’une précarisation grandissante de la société : retraité·es, familles monoparentales, étudiant·es, travailleur·euses pauvres… Les bénévoles de l’association offrent au total 48.000 heures de bénévolat par an, ce qui représente environ 28 équivalents temps plein et 1.114.000 € de contributions volontaires (ce qui serait payé en salaires si les missions de l’association étaient accomplies par des employé·es).

Hegalaldia : le seul centre de soins pour la faune sauvage de tout le département, ouvert tous les jours de l’année, accueille en 2024 plus de 2.800 animaux et développe des animations et formations pour le grand public.

Seaska : en septembre 2025, 4.300 élèves (soit plus de 8 % du nombre d’élèves du Pays Basque) ont fait leur rentrée dans 39 établissements de la fédération des ikastola du Pays Basque Nord.

Indar Développement : agissant en Basse-Navarre, c’est l’un des trois centres d’appuis aux entreprises du Pays Basque intérieur avec ODACE (Soule) et Aldatu (pays de Hasparren). Entre 2005 et 2020, l’association a accompagné plus de 2.700 entreprises et près de 1.400 porteur·es de projets.

Le Conseil de développement du Pays Basque réunit plus de 120 associations qui reflète cette diversité des domaines d’action. Dans le cadre des travaux Iparralde 2040, nous en avons rencontré bien d’autres : toutes, à leur échelle, contribuent au développement du territoire et au lien avec ses habitant·es. Quel que soit leur champ d’action, elles rappellent que la vitalité du Pays Basque repose aussi sur leurs initiatives et leurs missions de service public. Tous ces éléments sont visibles dans notre cartographie des acteu·rices du territoire.



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